La Liturgie « école de Vie Mariale »

I. Introduction

1. « Ave Maria » au début de l’office, une demande de notre Mère Sainte Jeanne. Pourquoi ?

Me voici devant vous, invitée par Mère Roza, à vous partager quelques réflexions sur la louange divine dans la vie des Annonciades apostoliques ou contemplatives. Je prendrai comme point de départ, la demande explicite de Sainte Jeanne que l’on trouve au chapitre premier des Satuta Mariae, au n° 8 : « Au commencement des louanges divines, les sœurs disent l’Ave Maria, pour que la Vierge  leur obtienne de mettre elles-mêmes leur joie  dans la louange de Dieu et que Dieu aussi trouve lui-même sa joie dans leur louange. »

Cette phrase peut appeler plusieurs interprétations, pour ma part, j’y ai vu une volonté de Sainte Jeanne à souligner le lien étroit qui unit la vie de la Vierge Marie et la louange divine, dans la liturgie de l’Eglise. Je vous propose donc de voir comment la liturgie est une école de vie Mariale.

2. La vie de la Vierge Marie et La Liturgie – un même Esprit, un même mouvement.

Il est frappant de constater que le mouvement, l’Esprit qui anime la vie de la Vierge Marie est le même que celui requis par la Sainte Liturgie. Vous me direz, c’est évident ! Voyons de plus prêt comment la méditation de la vie de Marie nous permet de comprendre et de vivre la liturgie avec exactitude et bonheur, dans une attitude juste et fructueuse.

3. La Vierge Marie un modèle pour vivre la Liturgie de l’Eglise.

Nous y découvrirons comment la Vierge Marie est modèle pour qui veut approfondir avec fruit cette vie de louange si chère à Sainte Jeanne.

II. La Prière liturgique, une Annonciation au quotidien.

1. L’œuvre du Christ qui s’associe l’Eglise son Epouse.

« Sacrosanctum concilium », la constitution de la sainte liturgie promulguée par le concile Vatican II nous dit au n° 7 :« …Pour l’accomplissement de cette grande œuvre par laquelle Dieu est parfaitement glorifié et les hommes sanctifiés, le Christ s’associe toujours l’Eglise, son Epouse bien-aimée, qui l’invoque comme son Seigneur et qui passe par lui pour rendre son culte au Père éternel. » Voilà donc qui nous donne une clef essentielle. L’Incarnation est d’abord l’œuvre de Dieu, à l’Annonciation c’est bien Dieu qui prend l’initiative de venir une fois de plus à la rencontre de son peuple ; ainsi la liturgie est l’œuvre du Christ, elle n’est pas notre propriété, le lieu et le théâtre  dont nous disposerions pour exprimer nos émotions ou nos idées. C’est d’abord la louange du Christ à son Père, à laquelle nous sommes associés.

2. « Et le Verbe s’est fait chair »

Une phrase m’a toujours frappé dans le récit de l’Annonciation : « Et le Verbe s ‘est fait chair. » On ne nous dit pas : Marie donna la vie ou donna chair au fils de Dieu ! Non, c’est bien le Christ qui prend chair en Marie. Dans la liturgie célébrée en Eglise surtout dans l’Eucharistie mais pas uniquement, il nous est demandé de permettre au Verbe de Dieu d’investir notre vie, notre chair, notre être tout entier pour le conformer, pour l’informer, pour nous transmettre cette vie de Dieu qu’il porte en plénitude et faire de nous, comme pour Marie, au jour de l’Annonciation, un disciple. Il est à remarquer cependant que le fils de Dieu en s’incarnant à prit les traits de sa Mère ; quand il fait en nous sa demeure il ne nous fond pas dans un moule uniforme mais il donne à notre vie à notre être tout entier de se tourner vers sa plénitude de réaliser enfin notre vocation de fils de Dieu, et de faire grandir la vie même de Dieu reçu au Baptême.

3. Marie donne sa réponse

Le dernier épisode du récit de l’Annonciation n’est pas le moins important. Il nous est dit : « Marie répondit… » Or la constitution pour la liturgie nous dit au n° 33 :  « Dans la liturgie, Dieu parle à son peuple ; le Christ annonce encore l’Evangile. Et le peuple répond à son dieu par les chants et la prière. » La réponse de Marie à l’Ange conditionne l’accomplissement du dessein de Dieu. La réponse que nous faisons à Dieu dans la louange divine conditionne la croissance de la vie de Dieu en nous et dans toute l’humanité. Ainsi par notre consentement Dieu investit notre humanité et la rend à sa vocation première : la louange du Dieu créateur. Par son ordonnance et sa pédagogie la liturgie nous forme et nous nourrit en nous introduisant dans le mystère.

III. Le Magnificat

1. Chanter les Louanges de Dieu

Voyons maintenant les enseignements que nous donne le mystère de la Visitation. Marie accomplit pour sa cousine un service de charité que toute femme accomplit normalement pour une parente qui attend un enfant, et c’est au cœur du quotidien de cette vie domestique qu’éclate la louange du Seigneur, dans la bouche de Marie. Et c’est bien la louange de Dieu que chante Marie, non celle d’Elisabeth. Voilà encore une indication précieuse pour vivre nos liturgies ; il convient qu’elles soient divines : c’est à Dieu que revient la louange, c’est lui que nous célébrons et son action dans nos vies. Il convient de nous poser la question de la place de l’action de grâce dans nos vies et nos célébrations. Lors d’un événement heureux savons-nous le célébrer et en rendre grâce en communauté ?

2. Puiser au cœur de la tradition.

Mais quand la Vierge Marie loue son Dieu, où va-t-elle puiser les mots de sa prière ? Dans la tradition biblique, dans les textes qu’elle entend et chante depuis son plus jeune âge. Nous savons que le Magnificat prend sa source dans le cantique d’Anne, la mère de Samuel. Ainsi Marie puise dans le trésor de l’Ecriture les mots de sa prière. Il doit en être de même pour nous. La liturgie des heures est constituée en grande partie de textes scripturaires  et il me semble important de ne pas faire d’impasse sur ces textes, de ne pas trop vite les remplacer par des paraphrases ou  des poèmes plus contemporains car ils sont depuis des siècles la voix et le chant de l’Epouse, le cri des hommes en détresse qui mettent leur espoir dans le Seigneur.

3. Quand l’Ecriture devient langue maternelle !

Marie prie dans sa langue maternelle, dans la langue de sa mère, dans la langue de son peuple, du peuple de Dieu. Et nous sommes invités à faire la même découverte. L’Ecriture doit être notre langue maternelle, elle est la langue de notre Mère l’Eglise. Il nous faut avec persévérance dire et redire ces textes les remâcher jusqu’à les savoir par cœur. Je me souviens du jour ou voulant formuler ma prière dans le silence, des versets de paumes me sont venus au cœur, je commençais à savoir prier dans la langue des mes pères dans la foi, ce fut pour moi une joie immense.

                        IV. La Nativité

1. Adorer le Dieu caché.

Nous voici arrivé au mystère de la Nativité. J’y retiendrai d’abord l’attitude de Marie adorant son Dieu, ce Dieu caché sous les traits d’un enfant semblable aux autres enfants des hommes et pourtant Fils de Dieu. La Sainte Liturgie nous invite souvent à adorer le Seigneur caché dans les saintes espèces bien sûr mais aussi, et nous y pensons moins souvent, caché et présent dans son corps mystique, dans cette assemblée, cette communauté au milieu de laquelle je prie et chante. Nos assemblées éveillent-elles en nous ce respect et cette adoration dus au Seigneur, présent au milieu de son peuple ? Il est primordial, dans nos communautés assemblées pour la prière, de rechercher l’harmonie des voix mais aussi des cœurs, selon le veux de Sainte Jeanne, car alors elle sont vraiment le signe de Dieu qui par nature est Un. Nous ne pouvons célébrer dans le conflit et la désunion.

2. Une multitude d’Anges…

Il nous est dit ensuite qu’une multitude d’Anges chantaient. Or le n° 8 de la constitution sur la Sainte Liturgie nous redit que : « Nous participons par un avant goût à cette liturgie céleste qui se célèbre dans la sainte citée de Jérusalem…avec toute l’armée de la milice céleste, nous chantons au Seigneur l’hymne de gloire. » Au cœur de nos célébrations se trouve cette ouverture vers l’invisible vers cette éternité qui nous attend. Il est important que nos célébrations rendent présente cette dimension verticale de notre foi.

3. Où Dieu parle par son silence.

L’Evangile de la Nativité nous donne l’occasion d’insister sur un aspect important qui souvent fait défaut dans nos célébrations, c‘est la place du silence. Que le Seigneur ne parle pas au jour de sa naissance nous semble assez normal mais il est plus frappant de constater qu’au sommet de sa vie, c’est à dire à l’heure de sa Passion, le Seigneur choisit encore le silence ; ce qu’il va vivre est au-delà des mots humains : il n’explique plus, il n’annonce plus, il accomplit. Le silence dans nos assemblées doit être un silence sacré, consacré à Dieu pour entendre résonner en nous ce que les mots humains ne peuvent dire. Nous pourrions encore parler de la Vierge méditant et retenant tous ces événements dans son cœur. Nous savons la place primordiale que donne sainte Jeanne à l’oraison et à l’office divin : elle en fait la condition de la pérennité de notre ordre. Un arbre ne peu vivre sans air et sans racines.

V. Cana

                        1. La prière de Marie, modèle de la prière de l’Eglise.

Cana est l’Evangile qui m’a le plus inspirée de réflexion, concernant la prière de louange. Et il me semble que nous pouvons regarder la prière de Marie à Cana comme le modèle de la prière de l’Eglise où sont unis les besoins des hommes, leurs souffrances, leurs peines et leur joies, leurs efforts et leurs péchés ; la louange de Dieu naît de cette intimité avec lui que nous donne en exemple la vie de la Vierge Marie.

2. Pauvreté et Foi

La Vierge Marie livre sa prière à son fils avec une pauvreté et une foi extraordinaire. Elle n’argumente pas pour savoir s’il est raisonnable de réclamer du vin alors que les gens ont déjà bien bu. Elle ne propose pas de solutions ou de savoir-faire à son Fils, elle n’use ni de charme, ni de l’autorité naturelle que lui confère son titre de Mère du Christ. Elle n’essaye pas de se faire persuasive. Non, elle constate un manque, une gêne et l’expose tout simplement à Jésus. Mais, après, elle se compromet beaucoup en engageant les serviteurs à accomplir les ordres du Seigneur. Elle pose là un acte de pure foi. A cette lumière, il nous est bon de revisiter peut-être les formes de nos prières de demande et notamment des prières d’intercessions ou des prières universelles. « Ils n’ont plus de vin », que de dépouillement  et de foi !

3. La prière exaucée qui nous ouvre sur l’immensité du dessein de Dieu

Et voilà que le Seigneur exauce la prière de sa mère. Et comme cette prière était large et soumise au désir de Dieu, Dieu l’exauce bien au-delà du besoin immédiat à satisfaire. C’est déjà, à l’horizon, l’annonce de cette Heure tant attendue de la Rédemption, de ce vin  de la nouvelle alliance, de ces noces de l’Agneau où sa fiancée s’est faite toute belle. C’est bien autre chose qu’un buffet campagnard !

4. Recevoir la prière de l’Eglise.

Voilà qui nous invite à accueillir, avec foi, la prière que l’Eglise met sur nos lèvres. Au moment où je prie les psaumes de l’office, mon âme n’est pas forcément dans les dispositions du psalmiste. Pourquoi devrais-je chanter un psaume de pénitence alors que je suis dans la joie, et pourquoi m’obliger à chanter le psaume 150 alors que mon cœur est dans l’affliction. Et bien, parce que la constitution sur la liturgie nous dit au n° 84 :  « Lorsque cet admirable cantique de louange est accompli selon la règle, alors c’est vraiment la voix de l’Epouse elle-même qui s’adresse à son Epoux ; et mieux encore, c’est la prière du Christ que celui-ci, avec son Corps, présente au Père. » Voilà qui explicite cette merveilleuse union entre la prière de Marie se coulant dans la volonté de Dieu et le Christ qui, reprenant la prière de sa Mère, la porte jusqu’à l’immensité du désir de Dieu : La Rédemption, ce que le cœur de l’homme n’avait jamais imaginé.

5. « Faites tout ce qu’il vous dira »

Cette invitation de la Vierge Marie peut s’appliquer à bien des situations dans nos vies, mais pour le sujet qui nous intéresse, j’y vois encore un enseignement. La Vierge dit :  « faites tout ce qu’il vous dira. » Or dans la liturgie, et surtout dans la liturgie Eucharistique, il s’agit bien de refaire ce que le Christ nous a demandé de faire : « Faites ceci en mémoire de moi » mais il faut aller plus loin. Un des principes de la liturgie est qu’il s’agit de faire ce que l’on dit et non de dire ce que l’on fait : je m’explique, Sacrosanctum concilium précise au n° 34 :  «  les rites manifesteront une noble simplicité, seront d’une brièveté remarquable et éviteront les répétitions inutiles ; …Il n’y aura pas besoin de nombreuses explications pour les comprendre. » Il est donc bon de veiller à ne pas remplir nos célébrations d’explications, de monitions qui les alourdissent. De même, il est important de toujours vérifier la cohérence de ce que l’on dit ou chante avec ce que l’on fait. Ainsi, on ne chante pas un Kyrie comme un alléluia, un chant de méditation n’aura pas la même forme qu’un chant d’envoi. On ne chante pas l’Exultet dans une Eglise inondée de lumière, et si l’on doit processionner, que l’on se déplace pour de bon.

6. l’Eglise Epouse associée à l’œuvre du Verbe

Ainsi l’Eglise qui se soumet avec bonheur à l’œuvre du Verbe voit des merveilles s’accomplir sous ses yeux. Sainte Jeanne avait un sens aigu de cette dimension quand elle recommandait à ses annonciades de suivre en tout l’Eglise romaine que se soit pour ses livres ou pour ses usages.

VI. Stabat Mater

1. Où l’Eglise célèbre et chante debout !

La Mère était debout… Pourquoi insister sur ce détail ? La tradition y voit, là aussi, plusieurs significations. J’aime à croire que la Vierge Marie en vivant la Passion de son fils, debout, annonçait déjà sa Résurrection et cette humanité relevée, ce peuple de fils qui célèbre debout la mort et la résurrection de son Seigneur, qui proclame debout sa dignité de fils, de peuple racheté et saint. Et c’est pourquoi, la sainte liturgie nous fait célébrer debout une grande partie de la louange divine. En cela également les chrétiens se différencient des autres religions qui se prosternent et n’osent lever les yeux vers Dieu. Se tenir debout parce que Dieu nous a relevés et qu’il a fait de nous non plus ses serviteurs mais ses fils.

VII. Pentecôte

1. En Eglise avec Marie

« Les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Eglise, qui est « le sacrement de l’unité », c’est à dire le peuple saint réuni et organisé sous l’autorité des évêques ». Voilà ce que nous enseigne Sacrosanctum concilium au n° 26. C’est l’image que nous livre l’Evangile au jour de la Pentecôte. Les disciples assidus à la prière avec Marie, la Mère de Jésus. Marie modèle du disciple qui est unie à l’Eglise.

Mon attention est attirée par le mot assidu. Ce mot rejoint peut-être la recommandation de Sainte Jeanne qui désire que ses filles acquièrent la « science des sciences : savoir louer Dieu. » (S.M. 92). Les disciples aux premiers jours n’ont eu de cesse de méditer, d’approfondir la parole du Seigneur et de la célébrer dignement, il suffit de se reporter aux lettres de Saint Paul pour s’en convaincre. Dans la fidélité à cet enseignement, Sainte Jeanne réclame que l’on mette le plus grand soin à préparer les célébrations, à apprendre l’art du chant, elle ne supportait en cette matière aucune négligence. Il ne faut pas craindre d’investir du temps, de l’énergie et des compétences en ces matières. Mais me direz-vous, comment voulez-vous faire quand nous sommes peu nombreuses et avons peu de moyen. Je répondrai ceci : La qualité ne rime pas avec complexité, une musique de qualité n’est pas une musique difficile à exécuter, ce n’est pas non plus une  musique facile ou quelconque. En liturgie la musique et le chant sont toujours au service du texte ou du rite qu’ils accompagnent ; si ce n’est pas le cas, il vaut mieux les éviter. Ainsi, si l‘on a peu de moyens, on doit pouvoir s’adapter à l’assemblée qui célèbre sans sacrifier la justesse des rites, l’harmonie, en un mot la beauté. Tout ce qui touche au culte divin demande d’être authentique vrai et beau. Dans la vie de la Vierge Marie, tout est juste c’est à dire ajusté en toute chose, ni trop, ni trop peu, simple mais tourné intérieurement vers l’invisible.

VIII. Assomption

1. La prière liturgique : ouverture sur l’eschatologie, l’invisible et l’éternel.

La Vierge Marie dans la plénitude de son être rejoint son Fils au jour de son Assomption. Elle nous précède et nous annonce ce qui est notre devenir, elle soutient notre espérance. Je reprends le n° 8 de Sacrosanctum concilium : « Dans la liturgie terrestre nous participons par un avant-goût à cette liturgie céleste qui se célèbre dans la sainte cité de Jérusalem à laquelle nous tendons comme des voyageurs, où le Christ siège à la droite de Dieu, comme ministre du sanctuaire et du vrai tabernacle. Avec toute l’armée de la milice céleste, nous chantons au Seigneur l’hymne de gloire ; en vénérant la mémoire des saints, nous espérons partager leur société ; nous attendons comme Sauveur notre Seigneur Jésus-Christ, jusqu’à ce que lui-même se manifeste, lui qui est notre vie, et alors nous serons manifestés avec lui dans la gloire. » La liturgie nous maintient dans cette vision d’espérance qui est notre vocation : la contemplation éternelle de Dieu et sa louange. Je crois qu’il ne faut pas avoir peur de l’exprimer, de la célébrer, et de maintenir dans nos célébrations cette dimension verticale, cette ouverture sur l’invisible ; invisible mais réel.

2. Les promesses sont accomplies.

Ainsi, par la liturgie, nous affirmons que les promesses du Seigneur sont déjà accomplies. Le Christ est présent dans toutes les actions liturgiques de son Eglise. « Par suite, toute célébration liturgique, en tant qu’œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l’Eglise, est l’action sacrée par excellence dont nulle autre action de l’Eglise ne peut atteindre efficacité au même titre et au même degré. » n° 7. L’humanité est réintégrée dans sa condition première et, mieux, elle est sauvée, rachetée et unie au Christ comme son Epouse bien-aimée.

IX. Conclusion

1.   Ce que notre Mère Sainte Jeanne nous demande, en ce qui concerne la Louange divine, est-il prophétique ?

Il est troublant de constater combien la pensée de Sainte Jeanne est en accord avec le concile Vatican II sur cette question de la louange divine. Pouvons-nous dire alors que Sainte Jeanne a eu une intuition prophétique ? Prophétique, certes, car elle annonce ce renouveau liturgique de l’Eglise concrétisé par le concile ; cependant, Sainte Jeanne ne se démarque pas des grands réformateurs d’ordre de son temps, au contraire elle s’y inscrit totalement évitant cependant les excès et les exagérations toujours possible dans ce genre de démarches. On voit donc fleurir au XVe et XVIe siècle un souci de célébrer les offices avec ponctualité mais ils exigent des religieux une plus grande intelligibilité du rituel liturgique. Certains réformateurs n’ont pas hésité à alléger l’office pour permettre aux moines de tirer meilleur profit, évitant les surcharges qui entravent la dévotion. Le peuple retrouve le goût d’assister à ces célébrations qui l’excite à la dévotion. Nous retrouvons, là, les instructions de Sainte Jeanne défendant à ses filles de chanter plus d’une messe par jour et de chanter l’office avec tant de ferveur et d’application afin que le peuple soit porté à dévotion.

2.   Rôle du Père Gabriel Maria.

Il est sûr que Sainte Jeanne a été, en cette œuvre, grandement aidé par le Père Gabriel- Maria, très au fait des usages liturgiques et de la réforme de son ordre. De plus, il faut constater qu’à cette époque Rome est très influencée par l’Ordre de Saint-François jusqu’à en adopter le Missel et le bréviaire. Il en va de même pour le culte eucharistique est la dévotion à la Passion du Christ ou au Saint Nom de Jésus. La plupart des offices accordés à l’ordre séraphique sont rapidement étendus à l’Eglise universelle.

3.         Actualité de la pensée de Sainte Jeanne

En conclusion. On est frappé par la modernité de l’intuition de Sainte Jeanne et en ce qui concerne la liturgie et la louange divine Elle nous introduit au cœur et à l’intelligence de cette mission sacrée. Alors me direz-vous : Sainte Jeanne s’adresse à des moniales, qu’en est-il de nos vies d’Annonciades Apostoliques ? Sur le fond, je ne pense pas qu’il y ait de différence, sauf en la forme sans aucun doute. Mais Sainte Jeanne décrivait la Louange divine comme le premier apostolat de ses Annonciades. Et votre Apostolat est avant tout Louange divine. Je reprends un passage de Sacrosanctum concilium au n° 10 : « La liturgie est le sommet auquel tend l’action de l’Eglise, et en même temps la source d’où découle toute sa vertu. Car les labeurs apostoliques visent à ce que tous, devenus enfants de Dieu par la foi et le baptême, se rassemblent, louent Dieu au milieu de l’Eglise, participent au sacrifice et mangent la Cène du Seigneur. En revanche, la liturgie elle-même pousse les fidèles rassasiés des mystères de la Pâque à n’avoir plus qu ‘un seul cœur dans la piété ; elle prie pour qu’ils gardent dans leur vie ce qu’ils ont saisi par la foi ; et le renouvellement dans l’Eucharistie de l’Alliance du Seigneur avec les hommes attire et enflamme les fidèles à la charité pressante du Christ. C’est donc de la liturgie, et principalement de l’Eucharistie, comme d’une source, que la grâce découle en nous et qu’on obtient avec le maximum d’efficacité cette sanctification des hommes dans le Christ, et cette glorification de Dieu, que recherchent, comme leur fin, toutes les autres œuvres de l’Eglise. »

Pourquoi donc Sainte Jeanne attachait –elle tant d’importance à la vie liturgique des ses Annonciades ? : ces quelques réflexions pourront peut-être nous éclairer . Peut-être aussi parce que la vie de la Vierge Marie n’a été qu’une grande liturgie, un espace entièrement consacré à célébrer les dons de Dieu, son amour, sa grandeur, sa tendresse. Marie n’a jamais détourné une parcelle de son existence pour son intérêt propre. Sa vie aussi simple et ordinaire, est une intense Liturgie, toute habitée de la présence de son Dieu. Et Marie, elle, … est Louange.

 Monastère de l’Annonciade
Thiais, 25-28 juillet 2005