L’ORDRE DE LA PAIX

désiré par sainte Jeanne de France,

établi par le bienheureux père Gabriel-Maria

devenu aujourd’hui

« Fraternité Annonciade, chemin de paix »

Note préliminaire.

Avant de commencer à esquisser l’histoire de l’ordre de la paix, il est nécessaire de donner deux petites précisions de termes. La première concerne le mot « ordre » : ce mot en effet ne doit pas être compris, sous la plume de Gabriel-Maria, dans un sens institutionnel mais bien dévotionnel, au sens de disposition intérieure : être disposé à œuvrer pour la paix. C’est d’ailleurs ce sens là que donne le Pape Adrien VII lorsqu’il répond en 1522-1523 à la requête du père Gabriel-Maria concernant l’ordre de la paix. Il le désigne en effet  comme étant un « ordre de paix », dans le sens d’un commandement de paix.

Par la suite, certes, on a donné à ce terme le sens qu’il a lorsque l’on parle de tiers-ordre, ce qui explique que l’ordre de la paix sera plus tard assimilé à un tiers-ordre du type tiers-ordre de Saint-François, alors qu’il ne l’est pas. Ceci ne semble pas être dans la pensée des fondateurs. En effet, dans les petits traités qui seront évoqués ici, il n’y a aucune directive législative, mais seulement des orientations concrètes pour la vie spirituelle. Ce qui explique la souplesse de l’engagement dans ces confréries et de leur organisation. Ce qui est encore le cas actuellement.

La seconde concerne le mot de « tiers » : dans certains textes législatifs de l’Annonciade - nous le verrons dans la suite de ce texte - il est fait mention du « tiers ordre de la Vierge ou de Notre-Dame ». Ici, « tiers » veut dire « trois », ce qui donne : les trois ordres de la Vierge ou de Notre-Dame, c’est-à-dire, les trois dévotions de la Vierge, telles que sainte Jeanne les a transmises à sa postérité, c’est-à-dire, Parole de Dieu, Passion du Christ, Eucharistie. Comme pour le cas précédent, il y aura par la suite un glissement de sens vers « tiers-ordre », au sens où on l’entend aujourd’hui.

***

Les commencements.

Si Sainte Jeanne n’a pas connu d’Ordre de la Paix, on peut dire qu’elle en a eu le désir. En effet, il est certain qu’elle a voulu partager ce qui la faisait vivre en profondeur au plus grand nombre, en particulier en proposant le dizain des Dix Ave Maria aux personnes proches de l’Annonciade, demandant et obtenant des indulgences pour ceux qui le réciteraient et le porteraient. La Chronique précise que, lorsqu’elle donnait le dizain, elle incitait chacun à être patients dans l’adversité et pacifiques avec le prochain (Chronique, édition Heverlee, 1979, p. 90 = Chr.). Tels sont les premiers jalons de l’ordre de la paix.

On trouve pour la première fois la mention « d’ordre de la paix » en 1529, 25 ans donc après la mort de sainte Jeanne, dans les Déclarations sur /a Règle, rédigées par le Père Gabriel-Maria :

« Quant au Troisième Ordre de la Vierge Marie, il me semble que ce sera une consolation pour les sœurs de l’exposer ici […] Les récits anciens mentionnent que les Juifs condamnèrent à mort la Madeleine, sa sœur sainte Marthe, saint Lazare leur frère et plusieurs autres. On les ferait périr en mer. De même, ils font mention comment elles allèrent prendre congé de la Vierge Marie et lui demander qu’il lui plût de prier pour elles. Après que la Vierge Marie leur a répondu qu’elles ne mourraient pas en mer, il leur restait un grand voyage à faire pour étendre la foi de son Fils, la Madeleine lui demanda alors une forme de vie à garder lorsqu’elles seraient dans le pays où elles devaient aller. La Vierge Marie leur donna l’ordre de la paix », c’est-à-dire, se disposer à susciter la paix autour de soi (Déclaration sur le 5e chapitre de la règle, in Règle et Constitutions de l’Ordre de la Vierge Marie, éd. Thiais, à paraître : n° 19 = Règle et Constitutions..). Certes, il faudrait identifier quels sont ces « récits anciens » auxquels le père Gabriel-Maria fait allusion ? Est-ce la Grande Histoire de Vincent de Lérins qu’il connaît car il en fait allusion dans son Traité des trois couronnes ? Ou bien, la Légende dorée du dominicain Jacques de Voragine (seconde moitié du xiiie), lue à cette époque ? Les Apocryphes ?

Les textes annonciades, du vivant de Jeanne, parlant de la paix.

Ceci posé, on peut estimer que l’ordre de la paix est bien issu d’intuitions communes à Jeanne et au père Gabriel-Maria, et lentement mûries. Le thème de la paix, la paix à garder, à diffuser autour de soi, est très souvent repris dans les textes fondateurs de l’ordre. Ainsi, plusieurs textes, antérieurs à la mort de Jeanne, parlent de « paix » :

- Première Règle (1502) au  Quatrième bon plaisir de la Vierge Marie : « La Vierge Marie, au témoignage de l’Évangile, salua Élisabeth.

Qu’elle ait dit : Rendons grâces à Dieu, ou bien la paix soit avec toi, la raison de ce salut, selon la tradition des saints, fut d’éviter toute parole oiseuse, par une salutation de ce genre. » (Première Règle in Règles successives des sœurs de l’ordre de la Vierge Marie, monastère de l’Annonciade, Westmalle (B) et Peyruis (F), 2002 p. 29 = Règles successives…).

Ici, la Vierge annonce et porte la paix en entrant dans la maison de sa cousine Élisabeth. On sent l’empreinte toute franciscaine de ce souci de paix, cette paix que François voulait voir annoncer par ses frères quand ils partaient en mission de prédication, cette paix que le père Gabriel-Maria aimait annoncer et porter avec lui quand il visitait tel ou tel couvent de frères ou de sœurs.

- Le Troisième chapitre des Statuta Mariae est tout orienté vers la paix. Il s’intitule en effet : « De la paix et de la charité entre les sœurs. » Là, Jeanne, très concrète, donne des directives bien précises afin de préserver la paix de la communauté, c’est-à-dire l’harmonie et la concorde entre les sœurs. Elle reprenait « les sœurs qui troublent la paix, celles qui parlent mal ou médisent des autres, les menteuses et les flatteuses qui ne peuvent ni vivre en paix elles-mêmes, ni laisser les autres vivre en paix et en charité. »

Pour elle, il y a cinq choses qui troublent la paix d’un monastère : la première, c’est d’entrer dans les cellules des autres et d’y causer dans le temps de silence ou la nuit. La deuxième, c’est de faire des partis dans les élections […] La troisième vient d’une certaine singularité orgueilleuse […] La cinquième, c’est l’ambition. » Et Jeanne de promettre : « Qu’elle soit certaine qu’elle mourra en paix avec le Seigneur, la sœur qui aura eu et gardé la paix avec sa sœur. » (Statuta Mariae in Règle et Constitutions…, n° 21 - 24).

- Cinquième degré de l’échelle de charité : « Penser que l’esprit malin ne cesse de remuer l’échelle pour faire tomber celui qui y monte, lui suggérant en la fantaisie que les autres ne l’aiment pas ou qu’il ne saurait avoir paix, ni vivre en paix avec tel ou tel…. » (Échelle de la charité in Documents, à paraître).

Ce degré est le cœur de l’échelle, écrite par le Père Gabriel-Maria à la demande de Jeanne, selon l’auteur de la Chronique : « Madame voulait que le Révérend Père donnât à ses filles un statut de pureté et une échelle de charité. » (Chr., p.121) Aimer sans regarder à être aimé est un chemin vers la paix intérieure. L’illusion est de croire que la paix avec son frère n’est pas possible. Là, est l’erreur qu’il faut savoir reconnaître et combattre.

- Sixième intention de Jeanne que la Chronique rapporte : « Mon Père, c'est mon désir et mon intention que jamais les Sœurs n'aillent se coucher sans que la Mère n'ait couvert le feu ». Et le père d’expliquer : « Madame nommait son statut, le statut d'amour et charité et disait que c'était la chose qu'elle désirait le plus en sa Religion, la corde des trois cordons, c'est-à-dire que la Mère eût l'amour pour ses Sœurs. Et le second que les Sœurs eussent de l'amour pour leur Mère et le troisième, que les Sœurs eussent de l'amour les unes pour les autres. » Et pourquoi cette insistance de la part de Jeanne ? « La sainte Dame voulait que les Sœurs fussent si unies en charité parce que c'est la vertu qui fait plus ressembler à Jésus et à Marie que toutes les autres vertus. » (Chr., p.123).

Textes postérieurs à la mort de Jeanne.

- Les Dix Maries, aux chapitres de la vérité et de la patience. Le père Gabriel-Maria, dans le premier, dénonce la colère, porte ouverte sur le mensonge, dans le second, le murmure, vrai dissolvant de la paix. Dans ces deux passages on touche le bon sens psychologique de Gabriel-Maria !

« Le premier moyen de conserver en nous l’amour de la vérité est de conserver le calme et la tranquillité d’esprit, de ne pas être impatient et de ne pas nous emporter. Un homme enclin à la colère et à l’emportement mentira aisément. Quand il est en colère il dit tout ce qui lui passe par la tête. Plus tard il regrette ces paroles et souhaiterait ne les avoir jamais dites. […] Contre cette imperfection il faut garder le calme et l’égalité d’âme, de sorte que l’on ne soit troublé par rien.. »

« La seconde condition requise à la vertu de patience est de la pratiquer de telle manière que jamais nous ne nous plaignions ni ne murmurions, quoi qu’on nous fasse, à tort ou à raison. Lors même que nous pensons avoir très bien agi, s’il arrive qu’on nous désapprouve, et qu’on nous rende le mal pour le bien, alors il faut encore s’abstenir de murmurer et garder la paix. Il arrive parfois que nous acceptions avec joie l’injustice dans le moment même qu’elle nous est faite, mais ensuite elle commence à nous jouer dans la tête, nous nous demandons pourquoi on nous fait ces mépris. C’est le murmure qui se lève et cherche à prendre place dans nos cœurs. à l’instant, il faut lui résister et le mettre dehors et ne nous mécontenter de rien. » (Bx Gabriel-Maria, Sermons des Dix Marie, in Documents, à paraître).

- Deuxième Règle, celle de 1515 : La charité, la paix sont des signes de la Présence du Christ. Cela suppose de bâtir les rapports fraternels sur la bienveillance mutuelle.

« Pour pratiquer plus parfaitement cette vertu (de charité), qu’elles pensent qu’un monastère où les sœurs ne s’aimeraient point est la prison du diable, le Christ n’y habite point, car où se trouve la charité, Dieu s’y trouve. Qu’elles fassent chaque jour un sermon selon la première dévotion de la Vierge, c’est-à-dire qu’elles soient les avocates de la paix et celles qui sauvent les égarées ; qu’elles ne considèrent jamais les fautes d’autrui et qu’elles pardonnent facilement aux autres, si elles veulent obtenir que Dieu leur pardonne leurs propres fautes. » (Règles successives…, p. 111-112).

- La Troisième Règle, celle de 1517, reprend sur ce point celle de 1515 en des termes presque identiques :

« Pour posséder plus parfaitement cette vertu, les sœurs considéreront qu’un monastère où les sœurs ne s’aiment point est le monastère du démon, que le Christ n’y habite pas, car il a établi son tabernacle dans la paix, et que, sans l’amour, tout ce qu’elles font, elles le perdent. Que les sœurs fassent donc tous les jours le sermon de la paix, selon la première dévotion de la Vierge ; c’est-à-dire, qu’elles établissent toujours la paix entre les sœurs, réconciliant celles qui seraient en contestation, les excusant toutes, et se faisant toujours les avocates de la paix. Qu’elles pardonnent toujours aux autres leurs offenses, si elles veulent que Dieu leur pardonne les leurs. Qu’elles ne voient même pas les fautes d’autrui, mais gardent toujours leurs propres péchés devant les yeux ; car telle est la condition de la vraie charité et humilité » (Règles successives, p. 175-176).

Après la mort de Jeanne, le Père Gabriel-Maria, dans la ligne tracée par Jeanne, a eu à cœur de proposer au plus grand nombre les intuitions entrevues avec la fondatrice car il savait que c’était là son désir. Ne l’avait-il pas vue donner le dizain des Dix Ave Maria ? Entre 1513 et 1517, alors qu’il occupe les plus hautes charges de son ordre, qui le tiennent éloigné des monastères de l’Annonciade, il profite de chaque occasion qui lui est offerte pour propager en de petits traités de dévotion mariale, destinée à des confréries de laïques, les orientations spirituelles de Jeanne qui sont le fondement même de l’ordre de la paix, devenu aujourd’hui Fraternité Annonciade, chemin de paix. Car la source première dont sont issues les Fraternités annonciades est bien Jeanne. C’est elle, sa vie, son expérience et son message spirituels que Gabriel-Maria a, en effet, à l’esprit en écrivant ces traités et qu’il propose en exemple. S’il organise, explique, c’est en fidèle serviteur de la pensée de Jeanne. Derrière son texte, affleure un visage, celui de Jeanne.

Le premier traité s’intitule Traité sur la confrérie des dix Ave Maria ou De confraternitate. L’opuscule comporte neuf chapitres. Gabriel-Maria y développe les principales orientations spirituelles de Jeanne : l’imitation des dix vertus évangéliques de la Vierge, la contemplation de la Passion du Christ et des Cinq Plaies, la dévotion à l’Eucharistie. Il est adressé au sénat de Nuremberg en août 1513. Gabriel-Maria a dû être bien reçu par les notables de la ville. Il veut donc leur dire toute sa reconnaissance : « Voici, dit-il, que m’est enfin venu à l’esprit par quel chemin je vous la témoignerais. Je ferais un modeste traité qui, je l’espère, vous inciterait à la dévotion envers la glorieuse Vierge Marie, patronne de notre nouvelle confrérie ? Ce traité serait élaboré, tout de neuf, dans votre ville impériale : aussitôt, je le confierais aux presses et je vous le dédierais, illustres sénateurs et très cultivés citoyens. Or, cela, aujourd’hui, je l’ai réalisé. Ce petit traité je vous l’offre avec tout le bon vouloir dont je suis capable. Je vous en prie et vous en conjure, veuillez l’accepter avec le même esprit. Soyez forts dans le Christ. »

Le second, l’Opuscule sur les trois ordres de Notre-Dame, est adressé au cardinal François Ximénès, franciscain et archevêque de Tolède pour les « peser à la balance », les « approuver » et les « juger ». Ce traité est composé d’un prologue, présentant les trois dévotions de la Vierge. Puis viennent trois chapitres : ce que l’ont doit connaître, ce que l’on doit dire, ce que l’on doit faire. La réponse du cardinal est favorable. « Ces conseils n’ont pas besoin d’être appréciés par des balances humaines, étant garantis par l’Evangile, norme souveraine de tout bien ». Ces trois « ordres » ou « dévotions » de la Vierge sont la Parole de Dieu, la Passion du Christ, et l’Eucharistie.

Un troisième petit traité a été composé par Gabriel-Maria, Traité des trois ordres. Le premier « ordre » est de méditer et de prier sur les 10 vertus de la Vierge propres à l’Annonciade, le second, joint au premier, est de méditer et de prier sur les Cinq Plaies du Christ. Quant au troisième, joint aux deux premiers, comporte les trois dévotions évoquées plus haut : Parole de Dieu, Passion du Christ et Eucharistie. Et Gabriel-Maria de conclure : « Les frères et les sœurs de cet ordre ont coutume de se recommander matin et soir à la Vierge Marie, à la sainte Croix et à la très sainte hostie qui est le pain de vie et le pain de la route de notre voyage ici bas. Fortifiés par lui, nous parviendrons à l’Horeb, la montagne de Dieu, c’est-à-dire, à la gloire des bienheureux, o laquelle nous conduit la Mère de Dieu, étoile de la mer, reine du ciel, souveraines des anges, mère de la grâce, avocate des pécheurs, la Vierge Marie, Amen. Grâces soient rendues à Dieu et à Marie. »

Si la forme de ces confréries varie, elle module néanmoins sur deux idées fortes : une orientation vers les 10 vertus et l’imitation de Marie d’une part, et d’autre part, vers les trois dévotions franciscaines de la Parole de Dieu, de la Passion du Christ et de l’Eucharistie. Ils sont véritablement les racines de l’ordre de la paix, même si dans ces textes, ni dans leur approbation générale obtenue du pape Léon X le 6 juillet 1517, on ne parle « d’Ordre de la Paix », mais de premier, deuxième, troisième ordre, de confraternité... de la Vierge Marie.

Enfin, il faut signaler la Règle dite Sainte-Marthe, (Règle Sainte-Marthe in Documents, à paraître), écrite pour les sœurs de Chanteloup, s’occupant des malades hydropiques, et où le dernier chapitre est consacré à la paix. La rédaction de ce texte se situe entre 1526-1529, au moment où les activités du père Gabriel-Maria le mènent en région parisienne. À cette époque, en effet, il semble être à la fois provincial de Touraine et, en même temps, commissaire du grand couvent de Paris.

Les dévotions

Avant de tracer quelques jalons historiques de l’ordre de la paix, un mot est à dire sur la Triple couronne – ce chapelet, propre à l’Annonciade, prié par les membres de l’ordre de la paix. Cette pratique dévotionnelle de la « couronne » est apparue dans l’Ordre franciscain aux alentours du xve siècle : réciter un certain nombre de Pater et d’Ave Maria en l’honneur des mystères de la Vierge et du Christ. Cette pratique de prier un certain nombre d’Ave voire de psaumes en vue d’honorer tel ou tel mystère de la vie du Christ ou de sa Mère est repérable dès le début de la fondation de l’Ordre de l’Annonciade. La première en date est bien sûr le « dizain ». Mais plusieurs autres « couronnes » ont été pratiquées. Nous le verrons plus loin. Voici les deux principales « couronnes » :

- La Triple Couronne reprend les trois dévotions de sainte Jeanne. En effet, la méditation des dix vertus de Marie (première couronne, un Pater et dix Ave) rappelle et récapitule la doctrine de l’Évangile ; la méditation des cinq plaies du Christ (seconde couronne, cinq Pater et cinq Ave)) évoque la Passion du Christ ; enfin le souvenir des fruits de l’Esprit reçus dans l’Eucharistie (troisième couronne, un Pater et douze Ave) ranime le désir de ce sacrement (Gal. 5, 22-25).

- Le « Dizain » et la « Triple Couronne » de sainte Jeanne semblent bien faite partie des ces « faveurs » concédées à l’Annonciade, lors de l’approbation de la première règle, en 1502 par Alexandre VI. « … on nous a humblement supplié, que nous daignions en vertu de notre bon-vouloir apostolique, joindre la force de la confirmation apostolique à la règle susdite pour la maintenir plus fermement et ajouter opportunément d'autres (faveurs) aux demandes déjà faites. » Les papes suivants ont renouvelé cette approbation, Jules II (8 janvier 1507), Léon X (27 décembre 1513, 14 septembre 1517). Par la suite, plusieurs Papes ont approuvé cette « Triple Couronne » : entre autres, Benoît XIV, en 1756 – il avait béatifié Jeanne quelques années auparavant, en 1742 ; Pie VII en 1816, Pie IX en 1860 et Pie XI en 1924 la confirmeront. Des évêques donnent aussi leur imprimatur à diverses notices de propagande de la Triple couronne :

L’évêque d’Agen en 1865, Indulgences du petit chapelet privilégié appelé triple couronne - ses successeurs le referont en 1880, 1924, 1934 ; l’évêque de Bayonne, en 1918, Chapelet privilégié appelé triple couronne ; l’évêque de Bourges en 1955, Récitation du chapelet privilégié de l'annonciade.

L’élaboration du texte de ces diverses notices vienne pour la plupart des monastères de l’ordre. Actuellement, seul le dizain de sainte Jeanne continue à être prié et diffusé et dans l’Ordre et dans les Fraternités Annonciades ; la Triple Couronne quelque fois encore est demandée.

D’autres « couronnes », on vient de le dire, étaient en usage, dès le temps de Jeanne. Le Père Gabriel-Maria les signale dans un quatrième petit traité, intitulé, Traité des trois couronnes, à savoir :

- 72 Ave Maria en vue d’honorer les 72 années que la Vierge aurait passé sur la terre.

- 33 Pater et de 33 Ave en vue d’honorer les 33 années que le Christ a passé sur la terre.

- Les psaumes du nom de jésus, c’est-à-dire cinq psaumes commençant par les lettres du nom de Jésus ; l’autre, de même, mais commençant par les

- Les psaumes du nom de Marie, cinq psaumes commençant par les lettres du nom de Marie.

- 5 Pater et 5 Ave en l’honneur des cinq Plaies du Christ.

- 10 Ave Maria en l’honneur des dix principales vertus évangéliques de la Vierge. C’est le « dizain » de sainte Jeanne. Ces 6 couronnes ont été approuvées par Léon X.

- 15 Ave Maria en l’honneur des 15 mystères de la messe. Pour le Père Gabriel-Maria, la connaissance de la Passion entraîne celle de la messe : « qui connaîtra bien la passion, comprendra bien la messe », dit-il, faisant un parallèle entre les moments de la Passion et les moments de la messe. (Traité sur les trois ordres …, p. 29).

Quel message tirer de ces diverses « Couronnes » ? Les prier, au regard de Jeanne et de Gabriel-Maria, était un véritable moyen d’entrer dans la connaissance progressive du Christ et de tous les mystères de sa vie tels que Marie les a compris et vécus. Jean-Paul II aujourd’hui ne dit pas autre chose, en particulier dans sa Lettre Apostolique sur Le Rosaire de la Vierge Marie (octobre 2002).

L’ordre de la paix sous l’ancien régime

Quel a été l’impact du tiers ordre de la vierge ou ordre de la paix sous l’ancien régime ? S’il n’y a aucun document à ce sujet, la législation de l’Annonciade peut cependant apporter un élément de réponse. En effet, la Règle de 1517, de même les Statuta Mariae et les Statuts Généraux approuvés en 1529 font mention tantôt des « servantes des sœurs », tantôt des « sœurs et frères servants ». Voici les textes.

« Quant aux sœurs et aux frères servants, qui demeurent hors de la clôture, ils ne porteront point l’habit de religion et, pour leur Office, ils diront celui du tiers ordre de la Vierge Marie, auquel ils devront toujours appartenir. » (3e Règle, in Règles successives…, p. 153)

« Quant aux servantes des sœurs, qui demeurent au dehors, qu’elles soient honnêtes et de bon exemple. Cependant qu’elles ne portent pas l’habit de la religion. Toutefois elles seront du tiers ordre de la Bienheureuse Vierge Marie. » (Statuta Mariae., in Règle et Constitutions… n°31)

« Les servantes des sœurs du dehors (c’est-à-dire des sœurs tourières), là où il en y a, doivent être prudentes, de bonne vie et de bon exemple, elles ne porteront pas l’habit de religion. Toutefois, elles seront toujours de l’ordre de la Vierge Marie (L’ordre de la Vierge Marie signifie ici le tiers Ordre de la Vierge ou Ordre de la paix.) Le confesseur ou le visiteur le leur expliquera et les y recevra. » (Statuts Généraux in Documents, à paraître, chapitre 9)

La présence de servantes, servants, voire domestiques etc… montre qu’un monastère d’annonciades, loin de vivre en totale autarcie, entretient des relations avec des personnes séculières, tout simplement parce que le monastère ne peut vivre, ni faire face aux obligations de la vie, aux nécessités matérielles et temporelles de chaque jour, sans avoir besoin d’être aidé dans ces diverses tâches par des servantes, domestiques, hommes d’affaires ou de confiance, fermiers etc… afin de permettre aux sœurs de remplir leur mission de prière. Toutes ces personnes, du moins les plus proches de la communauté, (domestiques, serviteurs, servantes..), si l’on s’en tient à ce que disent les textes, devaient faire partie du tiers ordre de la Vierge, c’est-à-dire, vivre l’esprit de la règle de l’Annonciade en construisant leur vie chrétienne sur la Parole de Dieu, la méditation de la Passion et la fréquentation de l’Eucharistie, tout en étant dans la mesure du possible des artisans de paix. On peut donc penser qu’autour des monastères d’annonciades gravitaient ainsi des personnes laïques membres de l’ordre de la paix. Certes, ces personnes faisaient partie de cet ordre du fait qu’elles travaillaient au monastère. C’était une condition d’emploi – si l’on peut parler ainsi - de la part de la communauté. Mais, on peut aussi voir la question du côté de la personne qui sollicitait l’emploi ou qui était sollicitée pour tel ou tel service : celle-ci avait peut-être le désir de vivre de cet esprit marial qui circulait dans les monastères annonciades ? Sur quels critères les moniales choisissaient-elles leurs employés ? Leur choix devait s’orienter vers les personnes qui semblaient « être de l’annonciade » pour reprendre une expression de sainte Jeanne tirée de son Testament, au passage où elle conseille Gabriel-Maria la prudence dans ses rapports avec les personnes séculières sauf avec celles qu’il saurait être « parfaitement connues pour être de l'Annonciade. » (Testament, Chr., p. 142). De plus, la Chronique nous le dit, Jeanne donnait le dizain ou les Dix Ave Maria « à tous ceux qui en voulaient, hommes et femmes pour gagner les pardons. » (Chr., p. 90). On peut penser qu’au regard de Jeanne ces hommes et ces femmes étaient de l’Annonciade. Ainsi, petit à petit, au fur et à mesure des fondations de monastères, tant en France qu’à l’étranger, l’esprit de l’ordre de la paix se propageait parmi les personnes laïques.

De plus, des livres sont édités. Ce qui laisse supposer que cet ordre de la paix, même modestement, vivait. En effet, lors de la réédition de la Règle, de 1681, à Paris, « L’ ordre de la Paix » figure en fin de volume : « De l’ordre de la paix ou des trois ordres des dévotions de la Sainte Vierge ». Au cours du xviie siècle, plusieurs ouvrages paraissent sur l’ordre de la Paix et les trois dévotions de la Vierge, à l’initiative de tel ou tel frère mineur en contact avec des monastères d’annonciades, par exemple, « Le traité des trois dévotions et des trois couronnes » de Gabriel-Maria que le père A. Hubert, réédite à Anvers en 1645. En 1658, le Père Marchand, frère mineur récollet qui fut commissaire général pour l’Allemagne et les Pays-Bas, dédicace à sa sœur, Mère Ancelle du monastère de Nivelles, L’Académie et exercitation sur les 3 dévotions principales de la Vierge Marie, tombées dans l’oubli, tirée hors de l’antiquité, parce qu’elles pourraient être très profitables aux âmes dévotes... Pas de mention « d’Ordre de la Paix », mais les opuscules du Père Gabriel-Maria y sont cependant complètement repris. En 1655, le père H. Nicquet, s.j., dans sa biographie du Bienheureux Père Gabriel-Maria, lui attribue et détaille l’Ordre ou Association de paix. Son livre est édité à Paris et dédié aux « Mères et sœurs de Bourges ». Il cite un bref d’Adrien VI (1523) qui prévoit le soulagement de la conscience de celui qui aurait « manqué à son ordre de paix ». Pour l’instant, le texte original de ce bref n’a pas été retrouvé.

C’est en 1663 qu’est édité, à Paris, le premier livret qui parle explicitement de l’Ordre de la Paix. Il est d’un franciscain, le Père Le Coq. Cet ouvrage va par la suite faire référence. En particulier dans cette édition de la règle, de 1681, évoquée plus haut. Cette édition est d’ailleurs beaucoup plus répandue que les précédentes, puisque nous en connaissons d’assez nombreux exemplaires. C’est d’ailleurs celle-ci qui sera la référence de l’édition de la Règle dite « d’Agen », éditée à Agen en 1867.

Enfin en 1684, paraît à Bruxelles un ouvrage sur l’ordre de la paix et les trois dévotions de la Vierge Marie : D’Order van Vrede oft de Dry Devotien van de H. Maghet Maria, Ghestelt in Oeffeninghe in het beginsel van de voor-gaende Eeuwe, onder den naem der Derde-Order van de Heylighe Maghet, door de Salighe Joanna van Vranckryck, Fondateresse der Order van de Religieusen der selve H. Maghet, gheseydt Annonciaten. Op-Ghedraghen aen de Koninginne des hemels, Moeder van de Kinderen des Vredes, Door hare Dochteren de Religieuzen Annonciaten. Tot Brussel, By Peeter Vande Velde, in de Korte- Ridders-strade, in de nieuwe Druckerye. m.dc.lxxxiv [1684].

Les amis spirituels

Parmi les laïcs proches de l’Annonciade il ne faut pas oublier, bien que ceux-ci ne soient pas à proprement parler de l’ordre de la paix, tout au moins, ils n’y étaient pas obligés, les « amis spirituels » que chaque sœur choisissait au moment de sa profession perpétuelle afin de les faire entrer dans les biens spirituels de l’ordre. Cette coutume est pratiquée dès les premières professions, selon le témoignage de la Chronique. En effet, le père Gabriel-Maria fit connaître aux sœurs « un pouvoir que Notre Saint Père le Pape a donné à toute la Religion de la Vierge Marie : qu'à chacune des Sœurs qui fait profession, il est accordé le pouvoir de choisir dix amis spirituels, à son gré, soit hommes ou femmes qui auront à jamais part à tout le bien que feront les Sœurs et non seulement à tout le bien que fera la Sœur qui les aura élus, mais à tout le bien qui se fera à jamais en toute la Religion de la Vierge Marie et non seulement au couvent où se trouve la Sœur qui les élit mais en tous les couvents de la Religion qui existent ou qui existeront à l'avenir. » (Chr., p. 116-117) De son côté, la mère ancelle était tenue de faire toujours « établir par toute la communauté dix amis spirituels, comme il est contenu dans leurs privilèges (Statuta Mariae, Règle et Constitutions…, n°33) De plus, si chaque monastère était tenu de noter sur un registre les noms des provinciaux, des confesseurs, des mères ancelles, il devait faire de même « pour les principaux Amis et Bienfaiteurs des sœurs. » (Statuts Généraux in Documents, ch. 7) Le choix de « dix amis spirituels » par la nouvelle professe s’est pratiqué jusqu’à l’aggiornamento du Concile Vatican II.

Ainsi, dès les débuts de l’ordre, il s’est créé un véritable réseau de personnes laïques, à partir des monastères annonciades, au fur et à mesure des fondations bien insérées, pour la plupart, dans les provinces franciscaines.

La question peut aussi être posée de quelque essai de diffusion de l’ordre de la paix, par le Père Gabriel-Maria lui-même, lors de ses déplacements. En effet, on vient de le voir, il dédie son premier traité, le De confraternitate, aux sénateurs de la ville de Nuremberg, en 1513, les invitant à faire bon accueil à ce texte. Il présente un second traité, l’Opuscule sur les trois ordres de Notre-Dame, pour approbation, à l’archevêque de Tolède, franciscain, qui lui dit combien il a  éprouvé de joie et d’allégresse en le recevant, et accepte volontiers de livrer l’ouvrage à l’impression. Enfin, à la Pentecôte 1514, le père Gabriel-Maria préside le chapitre général de l’Observance cismontaine à Anvers. Là, il accorde des indulgences à une confrérie de l’Immaculée Conception établie dans la ville (signalé par G. Remans, De thien Marien door P. Gabriel-Maria, ofm, Anvers, 1930.) Y-a-t-il donc eu, dans ces divers pays, des personnes laïques vivant de l’esprit de l’ordre de la paix, cela, en dehors des monastères annonciades puisqu’il n’y avait pas de fondation en ces lieux, à l’époque de Gabriel-Maria ?

Voilà donc, ce que l’on peut dire de l’ordre de la paix avant la cassure de 1789.

 

 

Après la révolution de 1789.

XIXe siècle

Au cours du XIXe siècle, on assiste à la parution de quelques ouvrages sur l’ordre de la paix, tant en France qu’en Belgique, ce qui signifie que cet ordre existe bien. Par exemple, en France, l’Abbé V. Hébrard, en 1878, fait paraître Sainte Jeanne de Valois et l'ordre de l'annonciade, consacrant quelques pages au Troisième Ordre de l’Annonciade, l'ordre de la paix. Quelques années plus tard, en 1880, il republie un ouvrage Histoire de sainte Jeanne de France, et aborde ce sujet en un chapitre intitulé Les Dévotions de sainte Jeanne de France. Il faut signaler aussi un petit opuscule paru à Agen en 1880 : Ordre de la Paix ou Tiers-Ordre de l’Annonciade. En Belgique, paraît en 1889  un ouvrage sur la Triple Couronne, propre à l’ordre de la paix : De Kroon der gelukzalige Joanna Valesia, imprimi potest, Mechliniae, 14 octobris 1889, P.C.C. Bogaerts, v.g., Drukkerij Vanhoebroeck te Thienen.

À cette époque, effet, au monastère de Villeneuve-sur-lot, restauré en 1816, est canoniquement rétabli l’ordre de la paix. Ce rétablissement a lieu sous la présidence de l’évêque d’Agen, monseigneur de Perpignan, le 26 mai 1880. Cette solennité a été précédée d’une retraite de huit jours, prêchée par le chanoine Sourrieu, chapelain de Notre-Dame de Roc Amadour. L’aumônier du monastère, le chanoine Salabert, a été nommé premier directeur de l’association par l’évêque qui reçut les premières admissions. Entre 1880 et 1915, il y a eu 192 admissions dans l’ordre de la paix, pour le monastère de Villeneuve-sur-Lot. Après cette date, faute d’organisation suffisante, l’ordre de la paix en ce monastère n’a pu prospérer, du moins provisoirement.

XXe siècle

En France et Angleterre

Cependant arrive 1916, année du centenaire de la restauration du monastère de Villeneuve. Des festivités ont lieu à l’occasion ce cet anniversaire durant lesquelles est décidée la reprise de la cause de canonisation de Jeanne de France. Des initiatives vont donc être entreprises par ce monastère afin de faire mieux connaître Jeanne ; parmi ces entreprises figure la renaissance de l’ordre de la paix. Celle-ci a lieu le 27 avril 1916, présidée par monseigneur Sagot Du Vauroux, évêque d’Agen, après une retraite de trois jours prêchée par le père Delerue, rédemptoriste. A partir de cette date et jusqu’en 1991, il a y eu 1974 admissions.

D’autre part, en cette même année 1916, Mère Marie-Emmanuel Agnéray, alors au monastère des annonciades de St.-Margaret’s Bay, en Angleterre, est envoyée pour un temps au monastère de Villeneuve-sur-Lot pour donner à la communauté des leçons de chant grégorien. La mère ancelle du monastère de Villeneuve, décidant donc de relancer l’ordre de la paix, va demander à Mère Marie-Emmanuel sa collaboration. Celle-ci accepte. Et une fois retournée dans sa communauté, elle reste sur cette lancée et travaille également à la renaissance de l’ordre de la paix en Angleterre, puis par la suite, à Thiais, lorsqu’elle fonde ce monastère, en 1926. Assez vite, un Bulletin de liaison destiné aux membres de l’ordre de la paix voit le jour. Le monastère de Villeneuve comme le monastère de Thiais ont le leur. Par la suite, ces deux Bulletins fusionnent D’autre part, le monastère de St. Margaret’s Bay publie lui aussi un Bulletin, en anglais, dont la publication se poursuit même une fois la communauté revenue en France, à Thiais, en 1976, et cela, jusque dans les années 1996, époque où il cesse de paraître, suite au décès de la moniale qui en était chargée (1997).

Pour mémoire, voici les différents noms de ce Bulletin destiné, au départ, aux membres de l’ordre de la paix mais qui, par la suite, a été proposé à un plus large public :

Pax Caritas, de 1937 à 1940 puis de 1952 à 1955, Bulletin réalisé par le monastère de Thiais

Message de paix, de 1942 à 1946, Bulletin réalisé par le monastère de Villeneuve-sur- Lot

Message Marial de paix, de 1947 à 1951, Bulletin réalisé par le monastère de Villeneuve-sur-Lot

Pax Caritas, Message Marial de paix, de 1956 à 1959, Bulletin commun aux monastères de Villeneuve et de Thiais.

Message Marial de l’Annonciade, de 1960 à …, Bulletin commun à tous les monastères de l’ordre.

En Belgique

Telle est la renaissance de l’ordre de la paix en France et en Angleterre. En Belgique, y a-t-il eu une tentative de renaissance de l’ordre de la paix, soit par Tirlemont, soit par Merksem ? Ce qui est sûr, c’est que l’ordre de la paix est officiellement établit en 1943, avec l’approbation du cardinal Van Roey, au monastère de Merksem. A cette époque, il y a une vingtaine de dames qui se rencontrent une fois par mois sous la direction d’un  père rédemptoriste : prière, approfondissement de la spiritualité de l’Annonciade. Ceci se prolonge jusqu’en 1948. Après une interruption de plusieurs années, l’ordre de la paix reprend en 1974 au monastère de Westmalle. Sœur Maria-Paula Jansen, chargée de cet ordre, lui donne vite le nom de Fraternité de la Paix. Durant plusieurs années, il y a une dizaine de fois par an une « Semaine de la paix » dont le déroulement s’articule autour des temps de prière, d’enseignement sous forme de conférences, de partage. Un groupe fervent aide à bâtir le planning de cette « Semaine de la paix ». D’autre part, deux fois par an, il y a les « Grands jours de paix ». Ces journées réunissent environ une centaine de personnes. Deux fois par an également, il y a aussi un « Week-end de la paix » dont la participation est d’environ vingt-cinq personnes.

En 1985, quelques membres sensibles à la spiritualité de l’Annonciade prononcent un engagement dans cette Fraternité de la paix, promettant de prier le dizain de sainte Jeanne. Sœur Maria-Paula Jansen leur compose même une prière propre ; à cette époque, une Fraternité de la paix pour les jeunes tente d’être lancée mais celle-ci a un impact éphémère. En 1989, année où la Fraternité fête son quinzième anniversaire, réunissant une centaine de personnes autour de l’Evêque monseigneur Van den Berghe, sœur Maria-Paula Jansen, pour cause de santé, annonce qu’elle doit interrompre sa mission. Cependant, après quelques années d’interruption, elle reprend la Fraternité, animant quelques retraites. Mais sa santé l’oblige encore une fois d’arrêter.

Durant toutes les années d’existence de cette Fraternité de la paix, une circulaire paraît quatre fois par an, partageant aux lecteurs la spiritualité mariale de l’ordre ; de plus, trois fois par an une brochure est éditée.

Actuellement, en Belgique, cette Fraternité de la paix, a été reprise par les annonciades apostoliques d’Herverlee qui, en 2004, ont célébré les vingt ans de cette Fraternité. La congrégation d’Heverlee compte également des Fraternités en Afrique.

 

 

Revenons en France.

À l’approche de la seconde guerre mondiale, le procès de canonisation de Jeanne de France avance à grands pas et beaucoup présentent la future sainte comme « la sainte de la paix ». Des éléments objectifs existent dans le dossier d’ailleurs pour appuyer ce nouveau visage de Jeanne : justement, cet ordre de la paix qu’elle a fondé. On comprend que les catholiques de l’entre-deux guerres se trouvent être sensibles à ce thème, vu la situation internationale de l’époque plus que critique. Une messe dite « pour la paix » n’a-t-elle d’ailleurs pas lieu à la Basilique de Montmartre, le 7 juin 1936, présidée par monseigneur Baussart ?

En 1938, l’ordre de la paix reçoit les encouragements du Saint Père qui envoie sa Bénédiction apostolique. D’autre part, une lettre du cardinal Pacelli, paraît également cette année-là dans le journal La Croix du 23 juin 1938 - la Semaine catholique du diocèse d'Agen de juillet (n° 26) la reproduira également - au sujet de l’ordre de la paix et de son opportunité. 

Des publications sur l’ordre de la paix vont voir le jour. Après la première guerre mondiale, des articles paraissent en effet dans telle ou telle brochure, ainsi que des feuilles volantes de propagande, en France et en Angleterre. Ces publications sont, bien sûr à replacer dans le contexte de la reprise de la cause de canonisation de Jeanne de France qui a été rendue officielle en octobre 1917 par l’évêque d’Agen, monseigneur Sagot du Vauroux. Voici quelques exemples de parutions d’entre les deux guerres :

Chatain, J.-B., « Un ancien Ordre de la Paix », in l’Assomption de la Sainte Vierge, 1919, mai, p. 188-192.

Ordre de la Paix ou Tiers-Ordre de la Vierge Marie. Villeneuve-sur-Lot, impr. Guirimaud, 1920.

Our Lady of Peace Pray for us. The Orden of Peace or Third Order of the Annonciade, sl,. [Imprimatur de Westminster, 20 mars 1920].

L’Ordre de la Paix ou Tiers-Ordre de l’Annonciade, Vanves (Seine), 1926.

The Order of Peace or the Third Order of the Blessed Virgin Mary. Saint Margaret at Cliffe (Kent), [1929].

« Un retour au passé. L’Ordre de la Paix, sa reconstitution dans la région parisienne », in Revue Sacerdotale du T.-O. de Saint François, 1930, an. 14, t. IX, févr., p. 388-390.

« Une messe pour la France et pour la paix », La Croix, 27 mai 1938.

« Une lettre de card. Pacelli à la Mère supérieure de l'Annonciade », Lettre parue dans La Croix, 23 juin 1938.

« Une perle franciscaine. L’Ordre de la Paix », in La Vie Franciscaine, 1935, t. V.

Joulain, A. (Abbé), L’Ordre de la Paix. - France, 1501, in La Croix de Loir-et-Cher, 1936, 31 déc.

David, D. L. L’Ordre de la Paix, Tiers-Ordre de la Vierge Marie ou de l’Annonciade. Thiais (Seine), 1938,.

P.F. Stratmant, op, « Pour un cloître de la Paix », La vie spirituelle, ler octobre 1937.

Odette Coustou, « Messagère de Paix », Journal Les Ternes, 5 janvier 1937.

« Une messe pour la France et pour la paix », La Croix, 27 mai 1938.

Les parutions sur l’ordre de la paix se poursuivent pendant et après la seconde guerre mondiale. En voici quelques exemples :

Ordre de la paix, d’après les documents originaux, manuel à l’usage des membres inscrits au monastère de Villeneuve-sur-Lot, 1942/1943.

Alceste d'Oc, « L'ordre de la paix », Le Nouvelliste de Bretagne, n° 207, 8 septembre 1943.

« La pressante actualité d'un ordre ancien : l'Ordre de la paix », La Croix, 19 septembre 1943.

François Veuillot, L’Ordre de la paix, Lethielleux, Paris, 1943

P.V, « Aurore de paix sous les bombes », Le Nord-Est, Reims, 12 juin 1944.

Antoine Redier, Jeanne de France, Ed. Mappus, 1945, pages 432 à 486 : « L'ordre de la Paix ».

« Une forme de dévotion pas encombrante », Echos de Plaisance, N.D. du Travail, Paris, décembre 1948.

« L 'Ordre de la paix », La Croix, vendredi 4 août 1950.

Guy Chastel, Sainte Jeanne de France, Paris, 1950, p. 149-155.

François Veuillot, « L'ordre de la paix », Pax Christi, n° 3, nouvelle série, Paris 1948 et « Ordre de la Paix et Pax Christi », Bulletin familial des membres de l'ordre de la paix, n° 2, juin 1952.

Bulletin de la Fraternité des priants pour la paix, 1992, p. 13, rubrique partage : « l'ordre de la paix. ».

Michel Destéfanis, ofm, « L'ordre de la paix », L'Union Séraphique, n° 411, janvier 1942 / n°

Dom J.M. Beaurin, osb, « Les Papes et l'ordre de la paix », Pax Christi, n° 2, nouvelle série, Paris, 1948.

J.M.J., « Pour vivre dans la paix et la charité », Les gardiennes du foyer, n°106, 12e année, Nantes, janvier 1951.

De Orde van de Vrede, derde Orde van de annuntiaten, volgens de oorspronkelijke documenten, Drukk. Jan Verhoeven, Merksem, Belgique, 1952.

Sœur Gabriel-Maria, La spiritualité de sainte Jehanne de France, Ed. Beauchesne et Fils, Paris, 1956, pages 49 à 57 : L'ordre de la Paix.

Raoul Salles, « La période agenaise de Pax Christi », Journal de la Paix, n° 325, décembre 1984.

Insignes, images, notices de propagande se multiplient, édités aussi bien en France

qu’en Angleterre. Par exemple :

Dom David, osb, L'Insigne de l'Ordre de la Paix, sd ;

L'ordre de la Paix ou tiers-ordre de l’Annonciade, imagne-notice, Boumard Fils, Editeur, Paris Paris, 11 juin 1919 ;

The Order of Peace, notice imprimée, Westmonasterii, 20 martii 1922, impr. Duvernay et Valla, Saint-Etienne (France) ;

L'ordre de la Paix, notice imprimée, imprimatur, Paris, 17 septembre 1926, imp. Francisc. Miss., Vanves ;

Ordre de la Paix ou tiers ordre de la Vierge Marie, un feuillet imprimé, Paris 5 décembre 1935 ;

Image-notice, imprimatur, Lutetiae Parisiorum, 1940, recto : Bse Jeanne de France, protégez la France, verso : L'ordre de la paix ou T.0 de la V.M.

Comme il a été dit plus haut, toutes ces publications sur l’ordre de la paix sont à replacer dans un mouvement plus large, suscité par la reprise de la canonisation de Jeanne de France. Après la canonisation (1950) elles se font plus rares. Cependant, si ces diverses parutions ont contribué à faire connaître l’ordre de la paix, des prêtres vont prendre à cœur cet ordre de la paix, tel le père Richard Defrennes, franciscain.

Conseiller spirituel du monastère de Thiais de 1922 à 1943, le père Richard Defrennes a beaucoup travaillé en effet pour la renaissance de l’ordre de la paix. Témoins : plusieurs projets, telle une adaptation de la règle de l’ordre de la Vierge Marie pour les personnes restant « dans le monde », daté de 1935. D’autres écrits montrent qu’une recherche a eu lieu concernant la renaissance de cet ordre :

Devoirs et pratiques des membres de l'O.P. régulier (ou second ordre),

Règle et vie des membres de l'Ordre de la paix vivant en communauté,

Règlement de l'ordre de l'O.P. régulier (ou second ordre),

Association des petites filles de la Vierge Marie, « L'ordre régulier de la paix. Son fondement : a) juridique ou canonique, b) historique », sd.

Des sœurs actives de l'O.P.

Tous ces écrits, sans date, sont manuscrits et sont restés à l’état de projets, sauf un : le second ordre ou ordre régulier de la paix pour les femmes - les membres faisant des vœux privés et devant rendre compte de la manière dont elles vivent leur engagement à la mère ancelle du monastère auquel elles sont affiliées.

Ces textes prouvent l’intérêt des annonciades pour cet ordre de la paix qu’elles considèrent toujours comme un bien légué par les fondateurs mêmes et qu’il ne faut pas perdre de vue. Ajoutons que le père Richard était aussi le conseiller spirituel du groupe, celui dit de Saint-Bonnet, entre 1939-1942. Ce groupe réunissait des membres du second ordre, rattachés au monastère de Thiais. Toute une série de lettres de la part des personnes de ce groupe, principalement de la responsable du groupe, adressées au père Richard Defrennes ou bien à mère Marie-Emmanuel, ancelle du monastère de Thiais, témoignent de la vitalité spirituelle du groupe. Ce second ordre est autorisé par Rome en avril 1956. En effet, la Sacrée Congrégation des Religieux autorise à cette date les Annonciades de Thiais à adjoindre aux sœurs contemplatives une branche de sœurs actives. Celles-ci, bénéficiant comme les autres de la vie religieuse dans ce qu'elle a d'essentiel, vont se dévouer aux oeuvres de miséricorde dans l'enceinte du Monastère et hors de la clôture.

De plus, les archives du monastère de Thiais conservent également un nombre important des notes, textes, réflexions, concernant l’ordre de la paix de la part du père Richard Defrennes.

Si de 1922 jusqu’à sa mort, en 1943, le père était l’aumônier des membres de l’ordre de la paix affiliés au monastère de Thiais et que des prêtres franciscains ou autres ont poursuivi sa tâche, petit à petit, cependant, en ce qui concerne les personnes affiliées au monastère de Thiais, celles-ci se sont dispersées et leur suivi est devenu individuel, souvent par correspondance, et pris en charge par une moniale. Ce déclin semble lié au fait qu’il n’y a plus eu de prêtre assurant un enseignement. Le dernier en date, pour Thiais, a été l’aumônier du monastère le père Walther (+1972), spiritain. Plus de réunions des membres entre eux, ni de rencontres, cela jusqu’à la reprise d’une Fraternité Annonciade, chemin de Paix, à Thiais, en octobre 2001. Des réunions régulières ont lieu, un exposé autour de la spiritualité de l’Annonciade est donné, une vie de famille se crée petit à petit. D’autres monastères annonciades d’ailleurs tentent de faire revivre cet ordre de la paix sous cette forme, tels les monastères de Villeneuve, Brucourt, Saint-Doulchard, Menton.

Avant de donner un petit aperçu sur un autre pôle de renaissance, à l’étranger cette fois, quelques chiffres concernant le nombre de personnes affiliées au monastère de Thiais. Ainsi, de 1922, date de la reprise de l’ordre de la paix au monastère de Quentin-Bauchard-Thiais, à 1943, il y a eu 1424 admissions. De 1944 à 1952, 1347 admissions. De 1953 à 2004, 821 admissions. Quant au Second ordre, de 1956 à 1977, il y a eu 27 admissions, toujours pour le monastère de Thiais.

Autre pôle de renaissance : le Canada

Tout part de mademoiselle Amanda Lallier (1876-1965), fonctionnaire des postes de 1913 à 1933 à Ottawa. Comment cela ?

Après la guerre de 1940, un chanoine de l’église Saint-Vincent-de-Paul, de Boulogne, le chanoine Lorgnier, se rend au Canada. Prêchant au Sacré-Coeur d’Ottawa, il sollicite le parrainage des fidèles pour les sinistrés du Pas- de-Calais. Amanda entend l’appel et y répond. Un prêtre bienfaiteur du monastère de Thiais la met en relation avec cette communauté qui lui parle de l’ordre de la paix. Intéressée, elle forme dans la capitale canadienne un groupe qui s’agrège au monastère de Thiais. Le 2 juillet 1947 ont lieu les cinq premières admissions des affiliés au monastère. A partir de cette date, les admissions vont se succéder.

Amanda Lallier confie la direction des membres aux pères de la congrégation de Marie-Immaculée. Le petit groupe est approuvé par l’archevêque d’Ottawa. Bientôt les pères de Marie-Immaculée se retirent de la direction pour la confier aux franciscains, considérant que cela leur revient en premier lieu. Le commissaire de Terre Sainte, le père Barthélemy Heroux, prend alors la direction. Il assume cette fonction pendant plus de 20 ans. Après un passage à Thiais, le 23 septembre 1962, il écrit au monastère : « L’annonciade, source de paix et de joie, a engendré des enfants nombreux au Canada tant demeure vivant l’esprit de sainte Jeanne de France. Quel bien immense ces tertiaires de l’Ordre de la paix retireraient de la présence d’un monastère de l’annonciade en terre canadienne !… » Actuellement, il ne reste presque plus de membres du groupe d’Ottawa qui a été en relation avec Thiais de 1947 à 1975.

Un groupe a été également constitué en Suisse en 1950, au moment de la canonisation de Jeanne de France. Mais, dès les années 1966-1968, les relations cessent.

Arrêtons-nous un instant sur cette année 1968. En effet, en cette année a lieu une enquête concernant l’ordre de la paix. Faut-il que cet ordre devienne un tiers-ordre ? Cette enquête s’insère dans le travail de rénovation des Constitutions de l’Ordre demandé par Rome et elle est présentée aux membres de l’ordre de la paix par le Père Jean-François Motte, ofm, (1913-2001), alors assistant franciscain et délégué près le Saint-Siège pour l’Ordre de la Vierge Marie. Le Message Marial de l’Annonciade (n° 46, avril 1968 et n° 47-48, Juillet-Octobre 1968) en a donné les résultats. Dans un premier article, le père Jean-François Motte, après avoir rappelé le but de l’ordre de la paix voit dans un premier temps l’apport positif d’un tiers-ordre puis, dans un second temps, l’objection fondamentale à une telle extension, laissant aux membres eux-mêmes le soin de choisir. Le second article, lui, donne le résultat de l’enquête : ceux qui sont pour l’extension de l’ordre de la paix en tiers-ordre : 20 % ; ceux qui sont pour le maintien de l’ordre de la paix, tel qu’il se présente : 80 %.

Cette enquête est intéressante car elle montre combien la pensée des fondateurs de l’Annonciade était comprise par les membres d’alors : un mouvement spirituel dont les membres, fervents et agissants, trouvent dans le simple et constant souci de charité, à l’école de la Vierge, et selon les orientations propres à leur ordre de paix, l’épanouissement de leur vie intérieure, un chemin sûr pour vivre l’Evangile et un moyen efficace de rayonner cette paix du Christ. Ceci nous amène tout naturellement au dernier point de cet essai : quel est l’esprit de l’ordre de la paix, devenu Fraternité Annonciade, chemin de paix.

 

L’esprit de l’ordre de la paix : un esprit de communion

Jeanne, cherchant comment plaire à Marie et, par Elle, à la Bienheureuse Trinité, demandait à la Vierge de le lui enseigner. Et parmi les enseignements reçus de Marie, il y a celui de devenir, là où l’on vit, un être de paix, de concorde, de communion : « Tu chercheras à établir la paix entre tous ceux au milieu desquels tu habites. Tu ne diras rien d’autre que des paroles de paix, soucieuse du salut des âmes. Tu n’écouteras pas les paroles honteuses ou médisantes et dès que tu verras quelques pécheurs, tu diras dans ton cœur : ‘il faut sauver ces pauvres gens’, car Dieu a permis qu’ils pèchent en ta présence pour voir, lui Dieu, comment tu voudrais prier pour eux et quel labeur tu entreprendrais pour pouvoir les sauver. Excuse-les auprès de Dieu afin d’être, comme je l’ai dit, l’avocate et le défenseur de tous. » (De Confraternitate in Les Trois ordres….). L'esprit de l'Ordre de l’ordre de la paix est donc un esprit de charité et de douceur, qui est celui-là même du Christ Sauveur qui par pur amour, a promis et donné Sa Paix.

C'est sur ce point de la paix, dans la charité, que les membres de l’ordre de la paix concentrent principalement leur attention et leurs efforts, veillant sur leurs pensées, leurs paroles et leurs actions. En cela, ils trouvent le secret de leur force, voire de leur rayonnement. Pas d'obligations spéciales : ce qui est proposé, c'est de s'exercer à cette charité à laquelle, d'ailleurs, doit s'attacher tout baptisé et… tout homme de bonne volonté.

Ce chemin spirituel proposé, tout inspiré de cet esprit d'amour et de paix, se compose essentiellement, comme l'enseigne le bienheureux Gabriel-Maria, de trois grands axes qui mobilisent toutes les facultés de la personne : « L'un règle le cœur car les frères de cet ordre ne peuvent et ne doivent avoir en leur cœur aucune haine, rancune ou mauvaise volonté envers personne, ni vouloir se venger de leurs ennemis mais ils doivent, pour l'amour de Jésus, pardonner à tous. Le deuxième concerne la parole, c’est-à-dire, ne dire jamais du mal de personne mais on doit excuser la personne de qui on parle mal. Le troisième regarde les actions et les œuvres, c'est-à-dire faire la paix entre tous ceux qui sont en conflit, guerre ou procès. » (Déclarations sur la Règle in Règle et Constitutions…, n°20)

Dans la ligne du Pauvre d’Assise qui s’était mis, lui-même et ses frères, sous la protection de la Vierge car Elle lui montrait comment vivre authentiquement dans la foi, selon  l’esprit de la perfection évangélique, les frères et sœurs de l’ordre de la paix ont le souci « de se faire toujours les avocats de la paix », ramenant leurs membres « d'une façon explicite aux sources auxquelles saint François puisa son admirable esprit de charité : l'Evangile, la Passion et l'Eucharistie. » (Léon-Pascal Leveugle, ofm, in Dom L. David, osb, L’Ordre de la Paix, Thiais, 1938, p. 8).

Devenir un artisan de la paix en suivant la Vierge dans l’Évangile.

Pour cela : lire la Parole de Dieu, méditer la Passion du Christ, recourir à l’Eucharistie.

Parole de Dieu, Passion du Christ, Eucharistie : tel est bien l’enseignement de Marie à Jeanne que rapporte le père Gabriel-Maria dans un de ses traités : «  Il y a trois choses qui me plaisent par-dessus tout […] La première c’est d’écouter mon Fils, ses paroles et ses enseignements […] La seconde, méditer sur ses blessures, sur sa croix et sa Passion, La troisième, c’est le très saint Sacrement de l’autel… » (De Confraternitate in Traites des trois ordres…).

« Marie conservait toutes ces choses, les méditant dans son cœur » (Luc, 2, 19.51)) S'attacher aux vérités de l'Évangile, comme la Vierge qui les conservait dans son cœur : pour cela, La suivre à travers les pages évangéliques qui parlent d’Elle et y découvrir les dix vertus qu’elle a mises en oeuvre tout au long de son pèlerinage de la foi. Ces vertus rappellent et résument tout l’enseignement évangélique : pureté, prudence, humilité, foi, louange, obéissance, pauvreté, patience, charité et compassion. A l’exemple de Marie, les membres de l’ordre de la paix ont donc le souci de fréquenter souvent la Parole de Dieu, désirant l’approfondir, afin d’enraciner leur foi dans leur existence de tous les jours, dans leurs pensées, leurs paroles, leurs actions. La liturgie de l’Eglise leur est, en ce domaine, un véritable maître.

« Ton âme sera transpercée d'un glaive », (Luc, 2,35)) et: « Debout, Marie sa Mère se tenait au pied de la Croix » (Jn, 19,25). A l’exemple de la Vierge du Stabat, chacun est invité à penser souvent et à réfléchir au mystère de la Rédemption, mystère de l’Amour livré. C'est dans cette méditation en effet que tous les membres de l’ordre de la paix apprennent à mieux aimer Dieu et le prochain, y puisant force, courage et patience pour conserver la paix en eux-mêmes et avec le prochain et ainsi vivre de leur mieux leur vie chrétienne.

« Les apôtres, avec quelques femmes, dont Marie la mère de Jésus, étaient assidus à la prière et à la fraction du pain » (Ac, 2,42). Aimer l’Eucharistie, recourir souvent à ce Sacrement, approfondir toujours plus ce mystère de la Présence, centre de la foi de l’Eglise et le manifester en ayant par exemple au sein de sa paroisse telle ou telle activité…

Les membres de l’ordre de la paix apprennent ainsi à connaître, à aimer, à suivre les traces de Jésus-Christ, à vivre en artisan de paix en imitant Celle qui conservait avec soin la Parole de Dieu, la méditant en son cœur, Celle qui, sur la voie douloureuse et au pied de la croix, pénétra si profondément dans les mystères de la Passion, Celle qui dut enfin, avec les Apôtres, recevoir avec foi et amour, le Corps eucharistique de son Fils qu'elle avait porté jadis et formé de sa chair : telle a été toute la mystique de l’ordre de la paix dont la Fraternité annonciade, chemin de paix, hérite aujourd’hui.

Conclusion

Si. aujourd'hui, beaucoup d'Instituts ont la conviction que leur charisme peut être partagé avec les laïcs, l’Annonciade, dès le début de sa fondation, a donc eu cette intuition. Ainsi, très tôt, d’une manière bien particulière certes, les laïcs ont été invités à participer à la spiritualité de l’ordre lui-même.

Aujourd’hui, et dans l’élan de Vatican II, des auteurs spirituels ont abordé ce sujet, par exemple, B. Secondin, carme, a fait paraître un texte dans La documentation catholique du 3 mai 1992, « La participation des laïcs au charisme des Instituts Religieux », Dossier « L’avenir de la vie religieuse ». Une thèse de doctorat, en 2002, a même été écrite. L’auteur, d’ailleurs signale la Fraternité Annonciade : B. Delizy, Les Relations entre chrétiens et Instituts de vie Consacrée et Sociétés de vie apostolique, thèse de doctorat, dactylographiée, Centre Sèvres, Paris, 2002, p. 320.

Jean-Paul II, de son côté, a parlé de ce sujet par exemple dans « Repartir du Christ » paru dans La Documentation catholique, du 7 juillet, 2002, paragraphe 31 : En communion avec les laïcs. Il avait d’ailleurs déjà abordé cette question dans Vita consecrata, exhortation apostolique parue en 1996. Dans ce texte, il rappelait entre autres cette antique tradition des « tiers ordre » y voyant pour aujourd’hui une source d’inspiration pour les Instituts de vie consacrée, un sillage à creuser.

L’association des personnes laïques aux Instituts, par le lien spirituel, le lien du charisme propre, est un moyen d’étendre le rayonnement de la spiritualité de ces Instituts et aussi, plus largement, un moyen de re-christianisation du tissu social, un moyen de transformer le monde selon « le cœur de Dieu ».

Si la participation des laïcs au charisme peut susciter des approfondissements, ainsi que la mise en lumière de certains aspects de ce charisme jusque-là non encore vus, cela demande de la part des personnes consacrées qu’elles soient « des guides compétents de vie spirituelle », faisant fructifier le talent qui leur est confié par les fondateurs. En retour « les laïcs offriront aux familles religieuses la précieuse contribution de leur caractère séculier et de leur service spécifique. » (Vita consecrata, nos 54 à 56)

Tout ceci montre la justesse de vue des fondateurs de l’Annonciade, voire leur « prophétisme », montre aussi combien la Fraternité Annonciade, chemin de paix, est en accord avec ce que demande l’Eglise aujourd’hui.

Annexe

Entrées dans l’ordre de la paix

Monastère de l’Annonciade, Thiais

 

1922 à 1943 1 424 admissions

1944 à 1952 1 347 admissions

1953 à 2004 821 admissions