Vie et épreuves dans l'Ordre depuis la mort de sainte Jeanne

Cette année nous fêtons le cinquième centenaire de la mort de sainte Jeanne de France. Revenons à ce quatre février 1505, où en est l'Ordre à la mort de la fondatrice ?

Un seul couvent, celui de Bourges. Puisque la fondation du deuxième couvent de l'Annonciade aura lieu trois ans plus tard en 1508 à Albi.

Jeanne n'a connu que celui de Bourges. Nous savons la confiance qu'elle avait envers son Père spirituel le Père Gabriel-Maria : la chronique nous rapporte cette phrase la fondatrice : «Et je veux qu’ainsi que je sois dite et appelée Fondatrice de la religion que je veux fonder, vous en soyez le premier Père, instituteur et principal protecteur et visiteur, et nommé de mes religieuses leur Père Vigilant » (Chronique p. 91).

Avant sa mort elle confie donc au Père Gabriel-Maria ses filles et fait de lui l'exécuteur de ses intentions et le continuateur de son œuvre. Ce dernier multipliera les fondations et veillera sur la jeune plante encore bien fragile.

Le travail du cofondateur de l'Annonciade est incessant, il assume de hautes responsabilités dans l'Ordre franciscain, a de nombreuses relations aux quatre coins de l'Europe : fidèle à l'intuition fondamentale de Jeanne il travaille sans relâche à la diffusion de la dévotion mariale.

En 1513 il établit une confrérie des dix Ave Maria à Nuremberg.

En 1517 il fait approuver par le Pape deux confréries dédiées à la Vierge Marie et associées à l'Annonciade.

Ainsi, naît l'Ordre de la Paix : appelé aujourd'hui «  Fraternité Annonciade , Chemin de Paix »

A cette époque le climat « ambiant » est très franciscain. Gabriel-Maria rencontre de nombreuses tertiaires influentes qui favoriseront la fondation de plusieurs couvents de l’Annonciade.

L’infatigable franciscain fondera lui-même 7monastères : Albi 1507, Bruges 1517, Béthune 1517, Rodez 1519, Bordeaux 1520, Chanteloup 1529, Louvain 1530. A sa mort, Gabriel-Maria laisse l’Annonciade en pleine expansion !

16e siècle :

Première expansion de l’Ordre en Aquitaine et dans les Flandres, grâce au labeur de Gabriel-Maria.

L’extension rapide de l’Annonciade dans les Flandres est due surtout à l’influence de Marguerite d’Autriche. Fiancée, enfant, à Charles VIII et élevée à la cour de France Marguerite a connu Jeanne. Devenue Régente des Pays-Bas elle va s’intéresser à l’Ordre franciscain, ainsi qu’à l’Ordre fondé par Jeanne de France. 

Les guerres de religion vont mettre un frein aux fondations. La dernière fondation du XVIe est celle de Ligny-en-Barrois, en 1554. Il faut attendre 1602 pour voir les fondations reprendre avec celle de La Réole. Il y a donc une interruption d’une cinquantaine d’années. Les Annonciades eurent beaucoup à souffrir des guerres de religion, en particulier à Bourges où le corps de la Fondatrice fut profané.

17e et 18e siècles :

Expansion de l ‘Annonciade

Le début du siècle XVIIe siècle coïncidant avec la Contre-Réforme catholique, est le point de départ d’un renouveau de la vie religieuse féminine, en général. Les fondations se multiplient. L’Annonciade s’inscrit donc dans ce mouvement couvrant tout le XVIIe siècle – l’Annonciade n’ayant aucune fondation nouvelle au cours du XVIIIe siècle.

Si le XVIIe siècle est l’âge d’or de l’Annonciade, c’est-à-dire celui des fondations, c’est également celui des pérégrinations de certains monastères touchés par les guerres, tels ceux de Lorraine, de Picardie, des Pays-Bas espagnols.  Les guerres cependant ne vont pas freiner l’expansion de l’Ordre. Plus de 40 monastères sont fondés, tant en France, qu’en Belgique, Hollande, Allemagne – selon les limites actuelles des frontières.  Des monastères comme Louvain (1530), Albi (1508), Ligny en Barrois (1554) se distinguent par le nombre de leurs fondations : Louvain 7 ; Albi 4, Ligny en Barrois 5.  Bourges également fonde 5 communautés – la plupart des monastères en effet ne fondant en moyenne que 1, 2 ou 3 couvents. Certains, aucun.

Au cours du XVIIe siècle a lieu aussi l’expansion de l’Ordre dans le Saint-Empire, grâce aux fondations des monastères d’Anvers et de Venlo. En effet, Anvers va fonder le couvent de Dûren, (1628) en Rhénanie qui, lui-même devient fondateur d’Aix-la-Chapelle (1646) et d’Andernach (1657. Quant à Venlo, il fonde Coesfeld (1657) qui lui-même fonde Wiedenbrück (1669).

Une des raisons de l’expansion de l’Ordre : les sœurs grises.

A partir des années 1610, les Provinciaux franciscains de France, en particulier Pierre Boiteux (1619-1622) et Jacques Lafroigne (1622-1626) vont chercher à « réformer » les sœurs grises, faisant partie comme l’Annonciade de la « famille franciscaine », en leur faisant prononcer des vœux solennels et en les mettant en clôture.

Des Communautés entières de tertiaires seront ainsi affiliées à l’Annonciade, telles celles de Roye, Melun, Gisors, Gand, Venlo, Alost etc…  Ce mouvement franciscain de mise en clôture des sœurs grises s’inscrit dans ce mouvement plus large suscité par le Concile de Trente visant à étendre à toutes les religieuses les mesures prises à l’égard des seules moniales.

L’expansion de l’ordre doit donc beaucoup à son ancrage franciscain. En effet, son affiliation à l’ordre des Frères mineurs a été bienfaisante. En aidant les frères mineurs à réformer les sœurs grises, les annonciades, par le fait même, ont vu grandir le nombre de leurs monastères. Et réciproquement, la juridiction exercée par les Frères mineurs sur l’Annonciade a été bénéfique à l’ordre de Saint-François : les annonciades ayant pleinement participé à la vie des provinces franciscaines dans lesquelles elles étaient insérées.

Douloureuse période des guerres.

Guerres

Les principales, sans compter les événements de 1789 : pour le XVIIe : la Guerre de Trente Ans et la Fronde, pour le début du XVIIIe, la guerre de Succession d’Espagne.

Lorraine

Rapide aperçu des monastères lorrains pendant la Guerre de Trente Ans (1618-1648)

La guerre éclate en 1633 entre d'une part Louis XIII et Richelieu, d'autre part Charles IV duc de Lorraine. Pillages, dévastations, incendies, famine, peste... Ces maux mais n'arrêtent pas l'extension de l'ordre.

Varennes-en-Argonne, fondé en 1624 subit les malheurs de la Guerre. Les sœurs, afin d’échapper au dangers qui menacent leur couvent, vont trouver asile à Clermont-en-Argonne, priant les magistrat de cette ville de les recevoir, protestant qu'elles ne seraient pas à charge. La permission de l'évêque de Verdun, François de Lorraine, réfugié à Cologne alors, régularise la situation provisoire des moniales. Quand la paix est revenue, elles reprennent le chemin de Varennes, y rouvrent leur pensionnat mais laissent sur place à Clermont quelques sœurs, en 1644.

Le 29 mai 1635, la ville de Saint-Nicolas-de-Port, son église, son couvent annonciade sont incendiés par les suédois. L'Ancelle, Marguerite de Saint-Vrain, avec une partie de ses filles cherche refuge en France. Anne d'Autriche, leur procure un immeuble dans le faubourg Saint-Germain au lieu dit « Le Petit Vaugirard ». la communauté s'y reconstitue et la mère Marguerite s'empresse d'envoyer de ses religieuses relever le couvent lorrain.

Neuchâteau n'est pas épargné. La Mère Thard, de ce monastère, se réfugie dans une abbaye bénédictine à Lyon pour quêter en faveur de sa communauté dans le besoin et dont les membres pour la plupart dispersés vivotent. Apprenant qu’un monastère d’annonciades vient d’être fondé à Vaucouleurs, elle obtient d’y être admise. Nous sommes en 1648.  En 1650, elle partage avec une survivante de l’ancien monastère de Neufchâteau les biens qui restent. Elle réussit à récupérer pour sa part l’ancienne maison conventuelle de Neufchâteau et décide d’y restaurer la vie commune sous la conduite de l’Evêque, dans les années 1680.

Quant à Bruyères, le monastère n'existe plus. Il n'a duré que 4 ans. Contraintes par l'approche des suédois, en mais 1635, de quitter très vite leur couvent, Catherine de Bar, ancelle, et ses religieuses se réfugient à Badonviller. Une décision du Provincial les fait venir à Commercy où, pour vivre, elles ouvrent un pensionnat. Mais toutes les soeurs n'ont pu suivre. Les autres épuisées par les émotions, les fatigue et le besoin tombent malades de la peste. Sur 20, Catherine restent avec 5 de ses soeurs. Sur l'invitation de son père, monsieur de Bar, et de ses supérieurs, elle les emmène à St-Dié. Elle a la douleur de voir la plupart des maisons de son Ordre détruites ou désertes. Avec ses compagnes elle va alors accepter l'hospitalité des bénédictines de Rambervillers et là elle décide de changer d'Ordre. Elle devient soeur Mectilde du Saint-Sacrement future fondatrice des bénédictines du Saint-Sacrement. Elle prends l'habit bénédictin en 1639.

Trois de ces fugitives de Bruyères après avoir erré, reçoivent l'hospitalité à Burey-en-Vaux, chez madame des Armoises qui les avaient connues à Commercy. Cette dame leur trouve une maison à Vaucouleurs en 1647. Ce monastère est donc une filiale posthume de Bruyère.

Picardie

A Braye -sur –Somme

1635-1636 : guerres. A l’approche du danger, les religieuses de Braye-sur-Somme se dispersent. Trois refusent de quitter leur couvent. Le 30 avril 1636, cependant, en une assemblée capitulaire, ces trois religieuses reconnaissent qu’il leur est difficile, en raison de leur petit nombre, de s’acquitter du service divin. Elles décident alors que tous leurs biens seront transférés et appartiendront aux religieuses du couvent de l’annonciade de Roye, à charge aux annonciades de Roye de s’acquitter du service divin en leur église et de donner à chaque religieuse de Bray une pension annuelle. Les annonciades de Roye acceptent le 19 mai 1636. Mais vingt années de guerre, a fragilisée la communauté de Braye qui a du mal a reformer une vie conventuelle normale, si bien que le monastère doit fermer ses portes vers 1690.

Flandres et Pays-Bas

A Venlo

La chronique de Venlo décrit avec beaucoup de détails les attaques subies par le monastère : citons seulement les têtes des chapitres évoquant ces périodes de guerres :

- Des nombreuses angoisses que nous avons eues à cause des gueux et comment la ville est passée sous leur domination 1632

- De la triste mort de notre révérende Mère Ancilla et de ses obsèques et de la peur que nous avons encore eue des gueux, 1632

- De la triste mort de notre 2e révérende Mère Ancilla et de ses obsèques, 1635

- Comment la ville est redevenue catholique, 1637

- De la triste mort de notre très chère sœur Digna Cornelis 1639

 - Comment on a supporté encore une fois un siège, 1646

Pauvreté

Avec la guerre, la pauvreté.

Exemple des monastères de Normandie

Les monastères annonciades, tout comme ceux de cette région, n’échappent pas aux revers économiques de l’époque, d’où leur situation matérielle préoccupante qui inquiète les autorités religieuses. En 1742, en effet, l’archevêque de Rouen note « je suis fort embarrassé au sujet des communauté de filles de mon diocèse qui, pour la plupart, meurent de faim. Je ne peux pas leur reprocher mauvaise économie : elles dépensent fort peu pour elles personnellement. Le mal vient de plus loin ... ».

Le cas de Montfort-sur-Risle est parlant :  En 1758, les Annonciades de Monfort-sur-Risle sont dans un tel état de pauvreté que la vie conventuelle n’est plus possible. En octobre 1749, il ne reste que 3 soeurs de choeur. (Nous supposons que les converses ne sont pas comptées). 10 ans s’écoulent encore. En 1758, les 3 soeurs se retirent dans d’autres monastères : une chez les cordelières de Bernay, les 2 autres comme pensionnaires chez les Annonciades de Fécamp. Ce sont les soeurs : Thérèse Aroux, (chez les cordelières), D’Ivry dite de Sainte-Cécile (Annonciade de Fécamp), Marguerite Grouard  dite de Saint-Jean (Annonciade de Fécamp). Les biens du monastère de Montfort-sur-Risle sont réunis en 1771 à ceux des bénédictines du St-Sacrement de Rouen dont les revenus étaient insuffisants. 

Belgique actuelle

Exemple d’Anvers

Le 28 juillet 1630, Mère Josiane d’Anvers  écrit à soeur Ana Niellant, Ancelle de Tirlemont. Dans cette lettre Mère Josiane dit comment, à Anvers, on dirige les soeurs novices. C’est le sujet de sa lettre. Mais, au détour d’une phrase, on perçoit la pauvreté des deux couvents. Voici ce qu’écrit mère Josiane, d’Anvers :

« Je désire toujours de la maîtresse qu’elle garde et instruise bien les novices et jeunes soeurs dans l’humilité, la simple obéissance et la charité.... qu’elle inspire aux novices et jeunes soeurs l’amour et l’affection pour notre Saint Ordre, Règle, Statuts et ordonnances, qu’elle les leur fasse bien connaître et comprendre ». Elle reste à la disposition de l’Ancelle de Louvain pour lui donner, si besoin est, d’autres renseignements. Elle lui dit aussi - Louvain doit être dans la gêne - que si elle pouvait acquitter toutes les dettes de Louvain, elle le ferait mais Anvers est également assez pauvre. Elle lui écrit en effet : « nous avons bien compassion avec vous car nous sentons en nous-mêmes combien l’esprit peut souffrir d’une trop grande pauvreté. Nous prierons l’une pour l’autre, c’est tout ce que nous pouvons faire. Pourrions-nous acquitter toutes vos dettes, nous le ferions volontiers car je préfère donner que recevoir... ».

Les ressources des monastères ? Les monastères vivent en général de leur travail manuel, de leurs terres, de rentes, de dons, de fondations de messes, des dots. Mais souvent cela ne suffit pas. C’est pourquoi des monastères ont pu avoir soit une école (Clermont-en-Argonne, Tirlemont en Belgique), soit un pensionnat (Popincourt, Boulogne), soit des dames pensionnaires (Fécamp, Louvain, Chanteloup qui avait même le soin d’un petit nombre d’hydropiques…) Les dépenses étaient grandes :  nourriture, vêtement, entretien des aumôniers, des familiers, du jardinier… la sacristie entraîne beaucoup de dépenses en luminaires, bougies… Pensons au nombre de bougies qu’il faut pour un Salut du Saint Sacrement, un Triduum…, et puis, les nombreux impôts et taxes, les réparations des bâtiments qui ont grevé le budget des annonciades, surtout au cours du XVIIIe siècle. Au moment de la révolution de 1789, les bâtiments de nombreux monastères menacent ruines. Si des monastères au cours de leur histoire on pu avoir une certaine prospérité, comme Popincourt, cela  n’a pas duré. Ne voit-on pas en effet ce même monastère de Popincourt  fermer dans les années 1780, pour cause économique, ainsi que celui de Lille…

Influence spirituelle de l’Annonciade

Pour le XVIe siècle 

Les bénédictines du Saint-Sacrement, fondées par une ancienne annonciade de Lorraine  Catherine de Bar que les péripéties de la guerre de Trente Ans ont amenée à demander son admission chez les bénédictines de Ramberviller. Elle fonde quelque temps après son propre institut, mettant l’accent sur la louange, l’Eucharistie et désignant la Vierge comme abbesse perpétuelle de son ordre – trois accents bien dans la tradition de l’Annonciade.

A  la fin du XVIIe siècle

Cette fin de siècle voit un surgeon imprévu surgir du charisme de Jeanne de France : la fondation des Mariens !

Le Père Papczynski en est le fondateur.

                Il avait écrit sa propre Règle – toute mariale – son approbation avait été refusée par Rome. On lui a dit : « … si vous voulez une Règle mariale, prenez celle de Jeanne de France. » Pendant des siècles les frères vivront de notre Règle. Les événements politiques en Pologne ont été à l'origine d'une réforme, ce qui fait qu’aujourd'hui les Mariens ont une autre Règle, toujours mariale mais différente de la nôtre, mettant l’accent sur l’Immaculée Conception. Les liens restent cependant très profonds.

La fin du XVIIIe siècle :

Cette fin de siècle connaît un grand essor pour le charisme mariale de Sainte Jeanne de France : la fondation des Annonciades Apostoliques. Fondées par l’abbé de Clerck en 1787, année où, dans une vieille ferme, il réunit quelques jeunes filles afin d’instruire les enfants pauvres, à Veltem. Et nous savons que cette nouvelle petite pousse grandira et portera en divers continents, le charisme confié à Jeanne de France.

La période révolutionnaire

Au moment de la révolution de 1789, plus d’un millier d’annonciades se trouvent dispersées. Certaines vont payer de leur vie. D’autres seront emprisonnées, d’autres encore devront mener une vie clandestine.

         L’Annonciade au lendemain de la tourmente.

                Tous les biens matériels des Annonciades sont spoliés, puis dilapidés et parfois même saccagés. Dans de très rares cas, les Annonciades ont pu sauver du désastre quelques reliques et objets.  Amoncellement de ruines mais…. la flamme n’est pas éteinte !

                Les bâtiments des monastères ne sont pas tous vendus, certains sont réquisitionnés, à des fins militaires, comme Bordeaux, d’autres servent de prisons pendant la Terreur (Boulogne, Rodez). Des chapelles échappent à la destruction en devenant églises paroissiales comme la chapelle Notre-Dame de Protection du monastère de Paris-Popincourt qui devient la paroisse Saint-Ambroise (Paris). 

                La dispersion des Annonciades ayant été totale, le regroupement est difficile dans un premier temps. Les situations des religieuses de plus sont très diverses. Quelques-unes se sont associées à une communauté qui a pu les accueillir, c’est ainsi que mère Sainte-Cécile de Boulogne s’est jointe, dans un premier temps, aux sœurs de la Visitation. D’autres, plus nombreuses, sont restées dans leurs familles ou dans la ville qui a vu leur exil, gardant, plusieurs années durant, le statut d’anciennes religieuses. D’autres, âgées, dépourvues de ressources, finissent comme pensionnaires à l’hospice comme sœur Madeleine Sorel à Bar-le-Duc. Dans cette même ville, quatre anciennes religieuses annonciades sont signalées, en 1818, par le curé de Bar-le-Duc comme indigentes et nécessiteuses.   

                Un exemple poignant est donné par sœur Saint-François d’Assise, une ancienne de Boulogne qui, pendant les vingt- trois ans qu’a duré son exil du monastère, a conservé sou à sou tout ce que la charité lui donnait pour, dit-elle, « rebâtir une cellule du futur monastère. »

         En Allemagne : les guerres napoléoniennes ont été le lot des monastères allemands. En 1813, le dernier ferme ses portes.

                En Belgique : un seul monastère a pu échapper à la fermeture, celui de Tirlemont qui, en 1852, fonde Geel et Geel, en 1898, fondera Merksem. Un essai de re-fondation à Maastricht, par Geel, n’a pas abouti.

XIXe siècle : temps de la restauration

                Ce siècle est celui de la restauration de l’Ordre en France. C’est le cas pour les monastères de Villeneuve-sur-Lot et Boulogne-sur-Mer. 

XXe siècle :

En France, si le monastère de Villeneuve, sans doute en raison de sa reconnaissance légale sous Napoléon, fut épargné par les lois de 1901, ce ne fut pas le cas de Boulogne qui connut l’expulsion puis l’exil en Angleterre.

                Seulement en 1922 une tentative de retour en France connaîtra de nombreuses vicissitudes. La forte personnalité de la Mère Ancelle, Mère Marie-Emmanuel Agnéray, aboutira en 1946 à l’installation définitive à Thiais dans le lieu actuel.

                Mais c’est avec Mère Marie de Saint-François[1] élue Ancelle en septembre 1950 jusqu’en octobre 1996, que l’expansion de l’Ordre va connaître un tout nouvel élan.

                Décembre 1957 : à la demande de tous les monastères de l’Ordre, le Cardinal Feltin accepte « très volontiers » de devenir Cardinal Protecteur.

Va commencer pour l’Ancelle de Thiais de nombreux voyages en Belgique. Des liens fraternels devenaient plus étroits. Ils se révèleront indispensables par la suite.

1966 – 1968 : une période fort importante 

                En effet, la rénovation adaptée de la vie religieuse ayant été demandée par le Concile, il fallait répondre, en tant que membres de la famille franciscaine, à un questionnaire envoyé à ce sujet par le Père Général des Frères Mineurs.

                C’est alors que ce que nous souhaitions depuis des années – bien que de manière différente – commença à se réaliser :

                Toutes nos Communautés de France, d’Angleterre et de Belgique se mirent à l’œuvre, chaque sœur pouvant s’exprimer par écrit comme aussi communautairement. Une synthèse fut élaborée dans chaque monastère, puis confrontée avec les autres monastères de l’Ordre pour arriver enfin, dans la paix, à une synthèse commune.

                En mai 1968, le chapitre spécial de rénovation se réunit à Thiais. L’union fut complète. Le dossier de nos Constitutions partit pour Rome. Il en revint approuvé le 30 juillet 1969. L’attente fut longue parce que, nous a t-il été dit, « vous étiez les premières à avoir demandé

la clôture dite « constitutionnelle ».

                Après plusieurs étapes (1972 – 1977) nos Constitutions – mises en conformité avec le Droit Canon – recevaient, le 24 septembre 1984, leur approbation définitive.

Durant cette période (1960 –1972) des postulantes (plus d’une vingtaine) sont entrées au noviciat. La Communauté devient nombreuse et l’on commence à penser à quelque fondation.

Sur l’initiative de Mgr Badré Evêque de Bayeux qui nous connaît depuis longtemps, une fondation est envisagée à Brucourt, dans son diocèse. La fondation commencera le 4 août 1975.   

L’aventure du Bartèu commença en 1980. Etablir un monastère auprès d’une maison diocésaine dont il assurerait l’accueil… ? De prime abord : « mariage impossible ». La réflexion fut longue et laborieuse. Et pourtant la décision fut prise ! L’aventure n’est pas terminée !                    

1985 : Mgr Plateau,  nous écrit le 18 juillet que, à la suite d’un legs, une maison serait à notre disposition, dans son diocèse, à St Doulchard près de Bourges. Le 16 juillet 1988, la fondation commence, vous en connaissez l’histoire !

                Depuis 1975, 42 moniales de Thiais sont donc parties dans les fondations si nous comptons les 7 moniales qui sont allées renforcées le monastère de Villeneuve. A Brucourt neuf ; à Villeneuve sept ; au Bartel douze ; à St Doulchard huit ; à Menton six !

 Conclusion

L’ORDRE

                 Comment analyser « cette histoire en miniature » de l’Ordre de la Vierge Marie ?

                Il faut revenir à la source : celle-là même que Marie révéla à Sainte Jeanne : l’Ordre est crée « pour le plaisir de Dieu, par l’imitation de la Vierge . »

-          Si malgré les bouleversements de l’Histoire durant près de cinq siècles, l’Ordre est resté vivant, c’est sans doute que la fidélité de nos monastères est, elle aussi, restée vivante ?

- Si, même après le Concile ils ont pu, malgré leur fragilité, s’adapter lentement mais résolument aux « signes des temps », n’est-ce pas parce que dociles à l’Esprit qui anime l’Eglise, ils en avaient déjà perçu les appels ?

- Si enfin, des implantations nouvelles ont pu se réaliser dans un esprit d’unité et de paix, c’est bien aussi parce que le même Esprit, par l’intermédiaire de l’Eglise (nos Evêques) nous y a appelées.

La Vierge Marie est au cœur de notre Ordre pour nous conduire au Christ. Elle en est le secret actif et vivifiant. Si l’Ordre doit « durer jusqu’à la fin du monde » comme nous le disent nos fondateurs, c’est à nous qu’il appartient de garder et de manifester – humblement mais fermement – notre trésor marial.

Monastère de l’Annonciade
Thiais, 25-28 juillet 2005

[1]. Pour l’histoire contemporaine de l’Annonciade, on peut se reporter au texte de mère Marie de Saint-François, « Thiais et l’Annonciade, cinquante ans d’histoire contemporaine », dans Jeanne de France et l’Annonciade, Cerf, 2004, p. 411-425.